Entre Louis Lortie et Chopin, c'est l'entente fusionnelle

29 oct. 2010, 12:18

CRITIQUE - PAR DENISE DE CEUNINCK

Les Etudes de Chopin opus 10 et 25? On pensait que tout avait été dit! C'était sans connaître le pianiste Louis Lortie, sa relation fusionnelle avec ce compositeur: 900 personnes, debout, l'ont acclamé, mercredi à la Salle de musique de La Chaux-de-Fonds.

Chopin reste une des pierres de touche du jeu pianistique, peut-être parce que toutes les audaces, les innovations techniques, comme la richesse des idées et des sentiments qui les soutiennent, s'allient à un sens classique très pur.

«Chopin aimait Bach, Mozart, le bel canto», a rappelé Louis Lortie, lors de sa présence, mardi, au Club 44. «Il a préféré la voie italienne au désordre échevelé qu'on imagine parfois être le romantisme. Pour qui ose tracer son propre sillon dans ce champ labouré, il convient de posséder une technique irréprochable, une âme visionnaire, une solide lucidité, autant de qualités difficiles à réunir.»

Louis Lortie choisit la voie sereine. Il évite de mettre trop au premier plan les agitations, les passions, de ces textes. Il s'attache à en restituer les équilibres profonds. Sous les tierces, quartes, et autres pièges techniques, il fait teinter la voix supérieure, le chant. Il rappelle que la première et la dernière étude de l'opus 10 sont des hommages à Jean-Sébastien Bach. On reconnaît, sous-jacents, deux préludes du clavecin bien tempéré.

Dans les grandes études de l'opus 25, la houle déferle sur le clavier. La façon magistrale dont Louis Lortie conduit ses phrases, l'exactitude des dosages de nuances, la perfection de l'accentuation, la diversité du toucher, tout contribue à tracer le profil idéal de l'½uvre.

On devine la somme de réflexion que suppose chaque interprétation. Le miracle: ce n'est pas perceptible. Prodigieux.