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Ecstasy bien mal nommée

Dérive devant le Correctionnel, jusqu'au point d'abandonner deux chats morts de faim Bella (prénom fictif) est arrivée en Suisse à l'âge de 14 ans en provenance de l'ex-Yougoslavie et n'a pas fait un jour d'école chez nous. Elle a directement été placée à l'usine, où elle travaillait à cent pour cent. A 14 ans? Comment cela était-il possible, s'enquérait Claire-Lise Mayor Aubert, présidente du Tribunal correctionnel de La Chaux-de-Fonds. «Demandez à mon cher père», répondait la jeune femme, avec une certaine amertume. Elle n'a pas eu la vie facile. Et lorsqu'une rupture sentimentale se double d'une mauvaise nouvelle - elle apprend qu'elle ne pourra jamais avoir d'enfant -, tout bascule. «Ça m'a un peu cassée. Je me suis laissée aller, je n'ai plus contrôlé ma vie.»

28 janv. 2006, 12:00

Bella fréquente les soirées, les «after»: «C'est aussi des gens qui font partie des milieux de la drogue. Après, c'était un engrenage.» Elle commence à consommer, puis à trafiquer. Sur de grosses quantités: 1300 pièces d'amphétamines thaïes, au moins 500 ecstasies... Quelle est la différence? «Les ecsta, il y a la descente... aux enfers, un peu. Les thaïes, pour moi, c'est plus méchant. On a l'impression que tout est beau, tout est rose, mais ce n'est pas réel. On a la pêche, on a envie de sortir, de danser, et dès qu'on n'en prend plus, on est à plat. J'ai eu l'occasion de voir des gens complètement détruits, et quand je me suis dit que je risquais la même chose, je me suis retirée.»

«Les ecsta, il y a la descente... aux enfers, un peu»

Puis Bella se tient tranquille un bon moment, et re-faux pas au printemps dernier. Cette fois, elle essaie de la cocaïne et des buvards de LSD, «alors qu'une instruction pénale était ouverte contre vous, rappelait la présidente. Aujourd'hui, qu'est-ce qui nous garantit que vous avez définitivement tourné le dos à la toxicomanie?» «Je ne sais pas», répondait honnêtement Bella.

A l'époque de sa grande dérive, Bella avait décidé d'aller vivre avec un ami, et avait abandonné ses deux chats dans son appartement. Ils sont morts de faim, l'un ayant même dévoré partiellement son compagnon décédé avant lui... Bella expliquait plutôt laborieusement qu'un arrangement avait été pris avec une voisine, censée s'occuper de ces chats... Cet appartement - des photos en faisaient foi - était aussi dans un grand état de saleté. Bella «a perdu pied», commentait Nicolas Aubert, substitut du procureur, qui retenait, pour expliquer cette dérive, le déracinement de Bella, mise à l'usine dès l'âge de 14 ans, la mauvaise nouvelle qu'elle avait apprise...

Aujourd'hui, elle a un emploi régulier, et son patron est très content d'elle. Nicolas Aubert ne requérait pas une peine ferme, mais demandait une expulsion (avec sursis), comme Bella n'avait pas de liens familiaux très étroits en Suisse.

Le tribunal a infligé à Bella neuf mois d'emprisonnement moins 17 jours de préventive, avec un sursis pendant trois ans et 3400 fr. de frais. Il a renoncé à prononcer une mesure d'expulsion. /CLD

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