Des loups en 3D très morne plaine

22 oct. 2010, 11:00

Il faudra s'y faire! Avec une régularité de métronome, les films d'animation stéréoscopiques déboulent désormais sur nos écrans perlés, avec des résultats très contrastés en terme de qualité! «Délocalisé» par ses producteurs américains, «Alpha et Omega» a été usiné dans un studio de Bombay… Après voir grandi ensemble dans la même réserve sise dans les Montagnes Rocheuses, deux jeunes loups sont promis à des destins très différents. Femelle de caractère appartenant à la haute caste Alpha, qui réunit les chefs de meute, Kate doit épouser l'héritier du clan voisin, histoire de conjurer un conflit fratricide. Représentant de la basse caste Omega, laquelle rassemble bouffons, baladins et bateleurs, Humphrey, jeune mâle un brin hâbleur mais point trop téméraire, doit donc se faire une raison.

Par chance, Dame Fortune vient s'en mêler! Capturés par des gardes forestiers bien intentionnés, Kate et Humphrey sont relâchés en couple dans une lointaine contrée, dans l'espoir de repeupler cette dernière de loups. Bien loin de folâtrer, la louve décide aussitôt de regagner à pattes son lieu d'origine pour honorer son mariage de raison, au grand dam d'Humphrey prêt à rompre avec des traditions claniques qu'il considère comme antédiluviennes… L'argument qui emprunte bien évidemment son canevas à Roméo et Juliette n'est pas sans intérêt, d'autant que le scénario joue habilement de l'inversion des sexes, l'un des grands ressorts comiques des classiques de l'âge d'or de la comédie américaine, avec une Kate au caractère bien trempé et un Humphrey pusillanime à souhait.

O rage ô désespoir, les réalisateurs se soucient comme d'une guigne de leur historiette qu'ils utilisent comme un simple prétexte pour très mollement recycler des effets «3D» déjà vus moult fois ailleurs. En résulte un film certes en relief mais d'une rare platitude, où ne transpire jamais l'amour du métier ou à tout le moins celui du travail bien fait!

Neuchâtel, Apollo 2; La Chaux-de-Fonds, Scala 1; 1h28