Des étudiants américains séduits par le savoir-faire horloger suisse

06 janv. 2010, 11:13

On pourrait se croire à Neuchâtel ou à La Chaux-de-Fonds. Mais c'est bien à Seattle (nord-ouest des Etats-Unis) que des étudiants s'exercent sur des montres suisses pour devenir horlogers. Bienvenu au «Watch Technology Institute», où ces apprentis s'émerveillent pour le savoir-faire helvétique.

«La Suisse est la patrie des montres. C'est la perfection», s'enthousiasme Richie, 36 ans, qui a décidé de lâcher son métier de mécanicien poids lourds pour entamer une formation d'horloger. «Et si à la fin de mes études, on me proposait un job en Suisse, je partirai sans hésiter», confie cet Américain.

Parrainé par Rolex
Comme lui, chaque année en septembre, douze étudiants sont sélectionnés par les deux instructeurs du Watch Technology Institute (WTI) de Seattle, école sponsorisée par Rolex, pour se lancer dans un cycle de deux ans de formation au métier d'horloger. Le diplôme est certifié par le Centre Suisse de formation et de perfectionnement horloger (WOSTEP), à Neuchâtel.

Au total, 24 étudiants (filles et garçons) - surtout des Américains et des Canadiens - se rendent donc chaque jour dans les locaux du WTI pour quelque 40 heures de cours théoriques et pratiques hebdomadaires.

Décontracté en apparence
De 8h à 16h30, les deux salles d'atelier (1ère et 2e année du cycle) donnent l'impression d'une atmosphère très décontractée. La plupart des étudiants, entre 19 et 42 ans, ont des écouteurs de musique dans les oreilles lors des travaux pratiques. Discipline, précision et patience sont pourtant bien là, mais le rire et la détente aussi.

«C'est bien la musique, je suis dans ma bulle, je me concentre mieux sur mon travail», explique Allen, 22 ans, étudiant de 1ère année, iPod posé sur la table. «C'est un métier difficile, très exigeant, qui demande des qualités physiques et mentales importantes», relève-t-il aussi.

A l'instar d'Allen, la plupart des apprentis-horlogers interrogés admettent une fascination pour les montres, pour leur beauté intérieure plus qu'extérieure, pour la mécanique de précision et la spécialisation d'un tel métier. Et tous reconnaissent à la Suisse, la fabrication des meilleures montres au monde.

«Belles et spéciales»
«Elles sont les plus spéciales et les plus belles», estime José, 32 ans, Américain d'origine mexicaine. Photographe, il a choisi le métier d'horloger par amour de l'art, du design et de la création. Chris, 38 ans, et Kendrick, 42 ans, ont eux décidé de bifurquer dans leur vie avec un «métier nouveau et différent». Ils louent la qualité unique des mouvements «Swiss Made».

Quant aux deux instructeurs du WTI, ils ont toujours la même passion. Elaine Rolf enseigne depuis onze ans et Erik Gresseth depuis cinq ans. Tous deux ont été formés dans l'école de Seattle et ont passé plusieurs stages de formation en Suisse, à Neuchâtel.

Outre l'enseignement pratique et théorique, ce sont aussi eux qui  sélectionnent chaque année 12 des meilleurs prétendants pour l'école  sur quelque 30 à 40 inscrits aux tests d'entrée. L'école est ouverte  à tous.

Jugés sur pièce
«C'est une phase déterminante pour la suite, il ne faut pas nous tromper dans nos choix», expliquent les deux instructeurs américains qui jugent «sur pièce». Huit heures de tests, trois écrits et trois pratiques, doivent préjuger des compétences des futurs apprentis.

«Nous sommes très attentifs à leur réelle motivation et à leur dextérité technique», confie Erik Gresseth. «C'est un métier de concentration et de ténacité, loin de l'image romantique que l'on peut se faire des montres», ajoute Elaine Rolf.

Le taux de réussite après les deux années de formation est d'environ 85% et près de 90% des horlogers diplômés au WTI de Seattle trouvent un emploi dans l'industrie horlogère. Mais jamais en Suisse.

Rolex le mécène

Le Watch Technology Institute (WTI) de Seattle doit sa survie à Rolex. La marque de luxe participe pour 200'000 dollars chaque année à un budget d'environ 300'000 dollars. Ce parrainage date de l'an 2000, alors que l'école  horlogère a été ouverte en 1970 pour ses premières classes.

Pendant 30 ans, «les ateliers étaient plus petits, il y avait moins d'étudiants et un seul instructeur», explique Erik Gresseth, l'un des deux instructeurs américains actuels du WTI. «Sans Rolex, ce ne serait pas possible de continuer», admet-il.

Pour les étudiants, le prix d'une telle formation n'est pas donné. Il faut compter 4270 dollars par an pour les résidents de  l'Etat de Washington, 5345 dollars pour les non-résidents et 12'375  dollars pour les internationaux. A cela s'ajoutent quelque 4000  dollars pour les outils et 200 dollars pour des livres de théorie.

Le WTI de Seattle est la seule école horlogère de ce type sur  toute la côte ouest. Il fait partie de douze écoles ou cursus  universitaires de formation d'horlogers aux Etats-Unis. /jfs-ats

40 horlogers par an
Six écoles ou cycle de formation existent grâce au sponsoring de grandes marques horlogères helvétiques et sont estampillés WOSTEP, le label international du Centre Suisse de formation et de perfectionnement horloger, à Neuchâtel. Ce programme unifié représente quelque 3000 heures d'études théoriques et pratiques pour un cycle d'étude de deux ou trois ans.

Aux Etats-Unis, environ 40 horlogers sortent en moyenne chaque  année de ces «écoles suisses».

Rolex a par exemple créé en 2001 en Pennsylvanie le «Lititz Watch  Technicum», école d'horlogerie et fondation à but non lucratif. Outre Seattle, la marque soutient aussi deux autres cursus  universitaires, à hauteur d'un million de dollars sur cinq ans: dans le Minnesota (St. Paul) et dans l'Oklahoma (Okmulgee).

Swatch Group a pour sa part ouvert une école en 2005, dans le New Jersey, près de New York: la «Nicolas G. Hayek Watchmaking School». D'autres marques helvétiques ont participé ou participent encore financièrement à des programmes de formation aux Etats-Unis (Richemont, Audemars Piguet, Breitling). /ats-