De l'huile sur les pizzas

L'en-tête d'une nouvelle enseigne de pizzas à livrer ressemble étrangement à une autre. Concurrence déloyale? Le nouveau venu fait amende honorable. Un différend sur fond de marché saturé L'annonce publiée dans «L'Impartial» par Pizzaphone mercredi dernier n'est pas passée inaperçue. Le faiseur de pizzas chaux-de-fonnier mettait en garde sa clientèle contre un concurrent usant d'une publicité trop semblable à la sienne.

11 févr. 2006, 12:00

«J'ai été alerté par une cliente. Elle avait cru commander chez moi en utilisant le dépliant des autres», raconte André Wyser, qui a repris Pizzaphone depuis bientôt huit ans. Eu cause: l'en-tête du nouveau venu, «Asia Phone Pizza», renvoyant à un site internet à l'adresse de... pizzaphone.ch. La similitude s'étale comme de la mozzarella jusque dans le menu, en particulier dans la série des pizzas aux noms de signes astrologiques. Le mélange a trompé jusqu'à des fournisseurs et même d'anciens collaborateurs de Pizzaphone, dont l'un a même félicité André Wyser pour son nouveau restaurant.

«Cette confusion dure depuis trois semaines et me cause du tort», constate André Wyser. D'autant plus que, depuis 2003, il observe un tassement de son marché, dû à la conjoncture, mais aussi à une offre de plats à livrer qui s'est étoffée. «Après les pizzas, il y a eu les plats asiatiques et maintenant une vague de kebabs livrés à domicile», dit-il. L'avocat consulté par André Wyser a pressenti un cas clair de concurrence déloyale. Une mise en demeure de corriger le tir a été envoyée à Asia Phone Pizza.

«Je peux comprendre André Wyser», s'excuse presque Toni Forte, qui a ouvert avec Patricia Tosi la nouvelle pizzeria. C'est en toute bonne foi qu'il a décliné le titre de pizzaphone: il a été formé par le patron d'un autre Pizzaphone, à Saint-Blaise celui-ci, qui lui-même avait appris à pétrir la pâte chez... André Wyser! «Nous avons démarré avec l'aide de Pizzaphone Saint-Blaise et M. Wyser a cru que nous voulions le monopole.»

En signe de bonne volonté, Asia Phone Pizza effacera tout ce qui lui semble prêter à confusion, y compris le slogan cher à André Wyser, «Le secret est dans la pâte». «On ne veut pas la guerre», dit Toni Forte. Et Patricia Tosi ajoute: «Après, on l'invitera à manger un de nos plats asiatiques.» / RON

Complètement non fumeur

Y a-t-il déjà un restaurant strictement non fumeur à La Chaux-de-Fonds? «Je ne crois pas», répond Benoist Vaucher, président de la société locale des cafetiers-restaurateurs. Le sujet est pourtant d?actualité ? chaque restaurateur est appelé à se positionner par GastroSuisse ? mais, dans la région, on ne remarque concrètement que quelques salles séparées ou des horaires aménagés.

En marge du différend relaté ci-dessus, Asia Phone Pizza franchit le pas. A part son service de livraison, il a ouvert ce mois un modeste restaurant (dix places) non fumeur. «Oui, c?est un choix pour se démarquer, il y a beaucoup de pizzerias (réd: 18 adresses différentes recensées par TwixTel), beaucoup de restaurants, mais nous visons aussi le bien-être de la clientèle et le nôtre», explique Toni Forte. «Je fume, mais je suis aussi incommodée dans certains établissements publics. Je suis heureuse de travailler et d?accueillir les clients dans des locaux qui sentent le frais», ajoute sa partenaire Patricia Tosi.

Pour Benoist Vaucher, le choix est évidemment plus facile pour un petit restaurant qui table surtout sur la livraison. «Personnellement, j?exploite deux salles, mais même la séparation n?est pas si simple que cela.» Le représentant des cafetiers attendra avec intérêt le résultat des votations tessinoise et genevoise sur l?interdiction de la fumée dans les établissements publics. Si cela se généralise, il suivra «le mouvement italien».

En phase de démarrage, Patricia Tosi et Toni Forte ne peuvent guère témoigner aujourd?hui de l?intérêt du public pour leur innovation. Le service non fumeur s?inscrit dans un concept varié pour se faire reconnaître, qui inclut des petits-déjeuners complets, un volet asiatique à leur menu pour sortir de la pizza, un petit cybercafé avec deux connexions sans câble, le tout absolument «clean». «Vous ne pouvez pas savoir ce que j?apprécie l?absence d?odeur de fumée froide, de ne plus vider des cendriers et écraser des mégots et de ne plus rêver de poubelles qui prennent feu», conclut Patricia Tosi. / ron