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Da Silva fait valdinguer les angoisses avec des ritournelles

23 janv. 2008, 12:00

Des petits croquis maladroits sur fonds de madone. Des façades décrépies contre lesquelles la carapace en cuir du chanteur s'adosse. Crevettes et bigorneaux qui tremblent avec la terre. Tous ces micromondes appartiennent à Da Silva, ex-furieux de Punishement Park converti à une musique vaporeuse qui loue les écorchures multiples et les lézardes. Ce guitariste de Nevers à la voix éraillée trempe aussi sa plume dans l'encre légère des contes pour enfants, où avec la chanteuse réaliste et illustratrice François Breut ils imaginent les mystères de Coco le corbeau.

Vendredi soir à L'Heure bleue, à La Chaux-de-Fonds, on découvrira l'énergie scénique tout en pulsations de cet auteur-compositeur qui envoie valdinguer les angoisses quotidiennes à coups de ritournelles simples et de mots acidulés: «Quand un matin tu te risques, à pas de loup tu glisses /Si l'on prenait un chien.»

Il préfère les vieux chevaux de bois aux oreilles de Mickey, l'incertitude à la foule, les presqu'îles et les presque amours à l'oreiller douillet. En magicien, il fait disparaître des animaux de compagnie dans des clips éthérés qui pourtant semblent avoir été pensés jusqu'au dernier plan. Le lyrisme des cordes du violoniste et altiste Raphaël Chevalier font penser à Louise Attaque, l'ironie déglinguée aussi. Mais chez Da Silva, le ciel méditerranéen est d'avantage plombé.

Un tatoué désespéré, qui aime autant les bras levés de foules décontenancées que le sel dans les yeux des filles dangereusement en fuite. «Juste à attendre, un jour nous irons mieux», balance-t-il dans «Un après-midi à la plage», comme pour se persuader lui-même. Deux titres de l'écrivain à la forme alambiquée Eugène Savitzkaya jaillissent pour définir l'univers du chanteur: «Marin mon c?ur»; «Fou trop poli».

L'humeur éternellement dans les bottes, le goût pour les images sépia, les visages marqués par la vie, le haut voltage des émotions. L'envie de jouer avec les mots l'empêche de tomber dans la banalité et les parenthèses jettent du trouble sur l'efficacité des paroles: «A la clarté de nos nuits (au moment du désamour) /A ta peau et à ta voix, au moment de s'étendre /A tout ce qui nous ressemble, (au moment des amours).»

Il couvre sa tête chauve, laisse le poil dru envahir le menton et traîne les bleus à longueur de chansons. Depuis sa maison, il enregistre des disques qui comme ceux de son complice Cali ont fini par toucher un large public. Il n'hésite pas à contester les valeurs républicaines dans «Le retour du rose»: «Liberté, misère, capital /Fraternité des coups de pieds /Sache qu'au pays de l'or /On ne rend jamais la monnaie.»

L?Heure bleue, théâtre, vendredi 25 janvier à 20h30. Première partie: Robert Sandoz
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