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«Ça pourrait être le musulman de Venise»

Pour le metteur en scène Benjamin Knobil, «Le marchand de Venise», de Shakespeare, renvoie juifs et chrétiens dos à dos. A vérifier ce soir à La Chaux-de-Fonds, au Théâtre populaire romand. Ouvertement antisémite, un riche marchand vénitien emprunte de l'argent au juif Shylock. Celui-ci propose un prêt sans intérêt, mais, en cas de non-remboursement, il se réserve le droit de prélever une livre de chair sur son débiteur... Nid à controverse et rarement joué, «Le marchand de Venise» de Shakespeare n'a pas effrayé Benjamin Knobil et sa compagnie Nonante-Trois... Très cordial, le metteur en scène s'en explique au téléphone.

14 avr. 2007, 12:00

Elle n'est pas antisémite, elle nous défie parce qu'elle parle de la haine et de l'exclusion. Ça pourrait être une pièce sur le musulman, le Kurde ou le Kosovar de Venise, sur n'importe quelle population victime du racisme. Shakespeare s'amuse avec le côté cupide que l'on prête aux juifs, son personnage n'est pas peint en rose. Mais Shylock vit dans un environnement qui le rejette totalement. Il est poussé dans ses derniers retranchements par la société chrétienne dominante. La pièce est donc parfaitement balancée entre un juif haineux, intolérant, qui commet un acte de terrorisme, et une société d'une violence inouïe, aussi ignoble que lui. On voit deux mondes parallèles qui ne se parlent pas mais se haïssent réciproquement. La pièce dépasse la figure du juif pour toucher à l'universel. Shakespeare nous parle de la bêtise et de la haine et de ce qui, dans cette pièce, la sous-tend: l'argent.

Non. Le spectacle parle des haines d'aujourd'hui, alors j'ai eu envie de l'habiller dans des costumes contemporains plutôt que dans des fraises enserrant le cou. Et puis, pour désigner le prétendant de Portia, l'intrigue recourt à une loterie des coffrets. C'est le hasard qui décide, et cela m'a fait penser aux jeux télévisés d'aujourd'hui. Mais je ne recherche pas l'actualisation à tout crin, on parle de ducats et non d'euros! J'avais juste envie de dire: «Ces situations-là sont possibles aujourd'hui».

Oui. Elle se réduit à des tissus, un praticable et un cube, pour faire place aux acteurs. Ce sont eux qui portent les mots et font naître l'émotion. Ce théâtre-là n'est pas intellectuel, il se regarde comme si on était au cinéma. Pour moi, Shakespeare, c'est la fête, la fête du jeu et du sens. Avant tout, il nous embarque dans une histoire formidable. J'ai la conviction que pour s'adresser à l'intellect, il faut d'abord passer par le plaisir. Je n'oublie pas que la plupart de mes spectateurs ont travaillé toute la journée et qu'ils ont envie de passer un bon moment au théâtre. Si j'arrive à les émouvoir et à les faire réfléchir, j'ai gagné.

Je ne suis pas pratiquant, je ne crois pas en Dieu. En tant que Français, le mot laïcité à un sens pour moi, et je le perçois moins en Suisse que dans l'Hexagone. De par son histoire, la Suisse garde l'empreinte de ses pratiques religieuses. En tant que laïque, je mets sur le même plan le port du voile, de la kippa et de la croix. Pour moi, ces signes disent «voilà qui je suis» et je trouve cela offensant. Je pense que la religion ne doit pas s'afficher à l'école ou en entreprise, mais rester dans la sphère privée. Une religion qui s'affiche trop est une religion qui doute d'elle-même. La foi et la religion, c'est quelque chose qui ne devrait pas plastronner, mais rayonner. / DBO

La Chaux-de-Fonds, Théâtre populaire romand, samedi 14 avril à 20h30
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