Architecture d'une douleur

Partager un rêve éveillé dans les tourments de la création, c'est ce qu'offre la compagnie Galatée au théâtre de la Poudrière. Cette troupe amateure a choisi de jouer «Rêves», une pièce de Wajdi Mouawad, auteur reconnu, Libanais vivant au Québec.

07 févr. 2006, 12:00

A priori, l'idée de base est déjà rebattue: un écrivain en mal d'inspiration dans une chambre d'hôtel. Mais c'est écrit par un auteur surprenant, qui se moque des bornes habituelles entre les genres. Il mélange onirisme et réalisme, poésie et humour, envolée lyrique et quotidien des plus banals.

Etat quasi hypnotique

Portés par une interprétation plutôt convaincante, les mots entraînent le spectateur dans cet état quasi hypnotique qu'est celui de l'inspiration. Pourtant sortis de la tête de l'auteur, joué par Yves Bourquin, ses personnages le harcèlent et son imagination le tyrannise. La guerre est un thème récurrent de l'oeuvre de Wajdi Mouawad. Il a quitté le Liban à 8 ans, au début de la guerre fratricide qui déchira ce pays, autrefois appelé la Suisse de l'Orient. Heureusement, les incursions intempestives du réel apportent humour, légèreté et spontanéité.

Une tâche ardue que de mettre en scène un tel texte. Homme de théâtre très présent sur la scène professionnelle, le Neuchâtelois Robert Sandoz s'y est attelé. Le décor noir et blanc de la chambre d'hôtel recèle des caches inattendues d'où sortent les comédiens. La mise en espace et l'effet visuel sont réussis: trois couleurs et pas de frontière au décor, une porte à la Magritte qui s'ouvre sur l'inconnu du rêve. De bonnes idées pour traduire cette zone grise entre réel et imaginaire, cependant le nombre de comédiens (onze) et peut-être l'abondance d'effets finissent par noyer le texte. / ACU

Neuchâtel, Théâtre de la Poudrière, encore jeudi 9, vendredi 10 et samedi 11 février à 20h30, dimanche 12 à 17h. Saint-Aubin, Théâtre de la Tarentule, 22 avril. La Chaux-de-Fonds, Beau-Site TPR, 30 septembre.