Chez les graveurs

25 janv. 2006, 12:00

La Tchaux, ce 19 février 1900. Mon fiston, l?ami Rudi, de la chorale des chevaliers du burin, m?avait envoyé l?autre semaine, pour voir, un chouette billet, rapport à leur petite fête d?hier. On y a été faire un tour, chez M. Fallet du Stand, avec notre Louise, qui s?est remontée, sauf un peu de grippe; tout le monde l?attrape. C?était, ma foi, rude rupin. Y avait jusqu?à «Dollar», en famille, et un tas d?autres copains de la gravure que ce serait trop long à raconter; c?était plein comme un ?uf, avec une masse de petits drapeaux fédéraux. On se serait dit dans une cantine, ma parole. Et on a dansé. Te raconter tout ce qui s?a dit, chanté et grimacé, ça t?éreinterait la cabosse. Aussi on va être court. Y a d?abord le «prési» qui a fait deux discours, rapport à un guillocheur qui a changé sa chanson et aussi pour danser. Y z?en ont presque tout changé, de chanson, pour voir qui z?en savent tous un tas. Et puis, il y a eu une invasion de soldats français; tu sais, ça n?en démarrait rien de rien. Entre deux chansons, crac! Hardi, deux ou trois piou-pious d?arrière-Doubs. Une fois, y en a pas eu moins de douze, avec des faux et balais; et y vous fait une trotte! Ah, mes amis! Pour une trotte, c?était une trotte. J?en étais tout essoufflé pour eux. A la fin des fins, on a tant vu de ces piou-pious que je me suis presque recru à Bezac. Y a aussi l?ami Charles, qu?en a dégoisé deux du fond de son creux; quel coffre! Seulement, il était un peu... grogne, hier, il nous l?a chanté. Il avait l?air d?avoir une fameuse paire de bleus. Ça ne m?étonnerait rien qu?il ait aussi fait la fête à L?Ancienne, où c?était tout rupin aussi. C?est Eusèbe qui est allé voir et qui me l?a dit. J?oubliais encore deux boscos! Des vrais, des chouettes, des zigues à se rouler! Et puis la chorale, une vingtaine de pommeaux, de graveurs, de guillocheurs et de camarades qui nous ont donné des roucoulades sous les pommiers!... Je parierais bien qu?ils ne pensaient plus rien aux mille-feuilles, aux ramolayés et aux fonds qui percent. Mais ils roulaient des yeux... oh! la la, que de conquêtes mes bons, surtout les grands, à moustaches. C?est l?ami Raoul qui les dirigeait, et qui en a chanté deux ou trois, avec une dame. Je me suis recru à ces grands concerts où on m?invitait poliment, l?hiver passé. Enfin, j?ai pu voir qu?il y a toujours du bois, par dans nos graveurs; des fameux lapins. Salut, fiston. Y paraît qu?on nous endiable, par le Bas, sur notre gymnase. Il manque, qu?on dit, quelques mille francs, trois ou quatre. Si ce n?est que ça, on fera bien une petite souscription populaire, par ici, et on leur prêtera. Pauvre canton! Heureusement qu?on est là. Hardi les copains. Philibert D. (Archives de «L?Impartial»)