Moments suspendus

26 oct. 2010, 10:56

Un piano posé sur la place, entre le bus et la cabane à marrons chauds. Le froid d'une soirée d'automne bravé par les doigts du pianiste. Des notes rock'n'roll entraînent le passant avant de passer leur tour. Une mélodie jazzy langoureuse et la place devient le hall surréaliste d'un hôtel ouvert aux courants d'air. Pas d'ambiance feutrée. Seulement la chaleur qui émane des piétons, figés, coupés dans leur course urbaine, occupés uniquement à écouter. Un moment en dehors du temps.

De petites respirations inattendues, glanées au fil du hasard. Une odeur d'herbe fraîchement coupée vient chatouiller le nez, vivifier les pensées. La terre, oubliée sous les couches asphaltées, se rappelle à nos narines après une pluie d'été.

Les gouttes tapent à la fenêtre, dégoulinent sur le verre, s'écrasent sur la terre. Glissement hypnotisant qui suspend le temps.

Le froid lèche les carreaux. Dehors, les flocons tissent leur manteau dans un ballet gracieux. Leur chute, sereine, enveloppe la nuit dans un silence moelleux. Leur halo aspire un instant le noir de l'hiver.

Le ciel de buvard s'assombrit sur la place. Les doigts continuent à défiler sur le clavier, captivent quelques flâneurs, font sortir le porte-monnaie. Le bus est appelé par son horaire. Il s'éloigne des notes et nous replace dans le temps.