Un descendant d'huguenots vient parler intégration avec des Africains

Le Lausannois Ernesto Ricou descend de huguenots français et s'exprime avec un léger accent brésilien. Invité à Neuchâtel par une association africaine, il rappelle que, même difficile, l'intégration passe notamment par les jeunes. P our la journée consacrée, à l'Hôtel de ville de Neuchâtel, à l'intégration des Africains en Suisse, le Centre africain de développement socioculturel (Cads) a fait, samedi, venir de Lausanne un personnage étonnant: enseignant dans un collège secondaire, Ernesto Ricou dirige également, à titre bénévole, le centre interculturel CasaMundo et le Musée de l'immigration, tous deux dans la capitale vaudoise. Surtout, son histoire familiale et personnelle fait de lui l'incarnation d'une multiculturalité exigeante.

07 avr. 2008, 12:00

Ernesto Ricou, qu'est-ce qui vous pousse à vous intéresser aux questions d'intégration et de multiculturalité?

Je suis un descendant de huguenots français venus se réfugier en Suisse il y a trois siècles. Ca pousse à une certaine ouverture d'esprit. En plus, ma mère est brésilienne, mes deux grands-pères portugais, et l'une de mes grands-mères vient de cette émigration italienne qui a construit Sao Paulo, au Brésil. Alors, la multiculturalité est en moi. Mes enfants ont parfois des inquiétudes d'identité. Je leur dis que ces origines multiples sont une grâce, mais qu'ils ne doivent pas oublier leurs racines.

Dans ce contexte, comment caractériser les rapports entre la communauté africaine et la communauté suisse?

Les Africains ont, au fond, des préoccupations très universelles: manger, avoir un toit, recevoir de l'amour et en donner. Et je ne crois pas qu'ils éprouvent plus ou moins de difficultés à s'intégrer que d'autres communautés étrangères.

Votre métier vous met en contact avec les enfants d'immigrés. Que leur dites-vous?

Je leur dis que leur patrimoine va s'agréger au patrimoine des gens d'ici et qu'ils doivent être les ambassadeurs de leur culture. Mais il ne faut pas se masquer les difficultés; il m'arrive de dire à Untel: du fait que tu es un Arabe, on te regarde avec méfiance. Mais je dis aussi: fais par exemple l'effort de bien parler le français. La vieille dame d'ici à qui tu parles un bon français te donnera sa sympathie.

L'intégration passera-t-elle par les jeunes?

Bien sûr. C'est eux qui refont le monde. Les jeunes Africains vivant ici n'ont pas la même attitude que leurs parents. Mais il reste encore des montagnes à gravir. /JMP