Sursis de cinq ans pour le faux policier

Il avait contraint un autre conducteur à s'arrêter en criant: «Police!» Le Tribunal de police lui inflige 75 jours d'emprisonnement et une amende de 800 francs Tout le monde est censé respecter la loi, mais Charles* devra, pendant cinq ans, se montrer particulièrement attentif, sur la route, à son propre comportement.

20 janv. 2006, 12:00

Présidente du Tribunal de police de Neuchâtel, Geneviève Calpini Calame a en effet choisi le plus long délai d'épreuve possible pour le sursis dont elle a assorti la peine de 75 jours d'emprisonnement infligée à cet agent immobilier. En cause, le comportement de cet homme, le soir du 22 août 2005, le long de la route des Champs-Montants, à Marin-Epagnier, puis sur les deux giratoires proches de Marin-centre, de part et d'autre du pont sur l'autoroute.

Le tribunal n'a pas pu élucider comment, dans le tunnel autoroutier passant sous Neuchâtel, la voiture de Charles s'est retrouvée en présence de celle de Robert*, qui arrivait par derrière et qui était également prévenu dans le cadre de cette affaire.

«Il s'agit là d'un comportement dangereux»

Surtout, il n'a pas pu dire dans quelles circonstances, Robert avait entrepris de dépasser Charles, et en particulier si l'un ou l'autre des deux conducteurs avait alors commis une faute de circulation.

Pour cette partie des événements, il les a donc acquittés tous les deux. Acquittement qui, pour Robert, équivalait à un verdict d'ensemble, puisqu'aucune autre infraction ne lui était reprochée.

Parce que, disait-il, le comportement de Robert au volant lui avait fait craindre pour son «intégrité physique», Charles avait, après le dépassement, suivi de près la voiture du jeune homme pour le forcer à s'arrêter et lui dire ses quatre vérités. Il y était parvenu après que les deux voitures eurent remonté toute la route des Champs-Montants et tourné côte à côte autour de deux giratoires, alors que Charles criait «Police!» pour pousser l'autre à faire ce qu'il voulait.

«Il s'agit là d'un comportement dangereux, adopté de surcroît sur une bonne distance, et qui constitue donc une infraction grave à la loi sur la circulation routière», a indiqué la présidente.

Avec hésitation

Ce comportement ainsi que cette autre violation de la loi qu'est l'usurpation de fonction, ont forcé Robert à agir comme il ne le souhaitait pas. Ils constituent donc bien une contrainte et une entrave à la circulation publique.

«En revanche, a estimé la juge, on ne voit pas en quoi il pourrait y avoir eu séquestration.» Une fois arrêtés au bord de la route, Robert et son amie n'avaient en effet pas été retenus ou enfermés. Mais ils y avaient suffisamment cru pour montrer leurs papiers à Charles. «Ce qu'on ne peut évidemment pas leur reprocher.»

La quotité de la privation de liberté correspond à la réquisition du ministère public. En revanche, la juge a réduit l'amende de 2000 à 800 francs. Elle a hésité à accorder le sursis. «L'attitude du prévenu durant l'audience montre qu'il n'a pas mesuré la gravité de son comportement,» a-t-elle expliqué. Mais on peut espérer que la durée du délai d'épreuve lui donnera le temps de réfléchir.» / JMP

* Prénoms fictifs