Placardé dans les rues de Neuchâtel, Méphistophélès choque des croyants

A Neuchâtel, qui n'a pas vu Méphistophélès, en grand format, sur l'une des quarante-six affiches publicitaires placardées en ville? Il y a ceux que ce démon indiffère. Et d'autres, choqués, qui en ont parlé à leur curé ou leur pasteur. Interpellés, certains hommes d'église ont contacté Tele2 à l'origine de la campagne. «Je te donne une puissance illimitée, tu me donnes ton âme.» Proposé par une figure démoniaque, le deal, féroce, s'est affiché peu avant Pâques, atmosphère religieuse oblige, dans quarante-six rues de Neuchâtel sur des placards, en grand format.

13 avr. 2008, 12:00

Une fois que tout le monde s'est demandé quelle firme se cachait derrière cette pub, on en a su plus, avec un deuxième placard. Dessus: toujours le même démon au visage cadavérique auprès duquel on lit, cette fois, le slogan «Des mauvais deals y en a assez». A proximité de la formule publicitaire on trouve le logo de Tele2 qui cherche ainsi à faire la promo d'une nouvelle offre téléphonique.

«La publicité exploite régulièrement la religion», commente Gilles Lugrin, enseignant à l'Université de Lausanne et spécialiste des théories de la communication. Avec Serge Molla, pasteur et docteur en théologie, il a coécrit le livre intitulé «Dieu, otage de la pub?» qui vient de paraître chez Labor et Fides. «Les anges et les démons... La pub en regorge. Angélique, le message tend à montrer que le produit est divin. Enfin pourrions-nous le croire! A l'inverse, les êtres malfaisants, les démons, soulignent le caractère tentateur dudit produit. Ils symbolisent aussi la liberté individuelle, la fin des interdits.» Réussie selon lui, cette campagne de Tele2? «En fait, j'étais déçu de savoir que c'était Tele2. Je m'attendais à une pub à message. A ce que ce soit par exemple une assurance qui avertisse les jeunes d'un danger de mort en adoptant un comportement dangereux.»

Si Gilles Lugrin a ressenti de la déception face à la campagne de Tele2, beaucoup de chrétiens se sont sentis, eux, atteints dans leur foi.

Olivier Favre, pasteur évangélique au Centre de vie à Neuchâtel et sociologue, a recueilli de nombreux témoignages allant dans ce sens. «Nous croyons, dans les milieux évangéliques, qu'il y a un combat, dans nos vies, entre les forces du mal et celles du bien. Donc cette affiche, même si elle a été créée en toute naïveté par des publicitaires pensant lancer une campagne originale, a effectivement heurté la sensibilité de beaucoup d'entre nous.»

Du côté des catholiques, «on a entendu des remarques de paroissiens à ce sujet, lundi soir», commente Walter Müller, chargé d'informations auprès de la Conférence des évêques suisses. «Mais nous ne réagirons pas à cette campagne. A Zurich, par contre, des catholiques ont signifié leur mécontentement à l'opérateur téléphonique.»

Chez les protestants réformés, on n'ignore pas que «la pub est friande de Dieu et donc de son opposé, le diable!», répond, très tranquillement, Catherine Lüscher, chargée de la communication au sein de l'Eglise évangélique réformée neuchâteloise.

«Des hommes d'Eglise, catholiques et protestants, ont en effet pris contact avec nous pour nous dire leur crainte que nous ne fassions la promotion du diable», déclare Christian Bärlocher, directeur du marketing et de la vente à Tele2. «Nous leur avons expliqué que telle n'était pas du tout notre intention. Nous avons mis en scène un apprenti démon plutôt naïf, qui veut inciter les hommes à conclure un pacte sans y parvenir. Car au lieu de tomber dans le panneau, les consommateurs, plus malins que le sulfureux personnage, lui résistent en faisant une bonne affaire, notamment en adoptant le nouvel abonnement de Tele2. C'est dire si notre diable est inoffensif. Nous ne voulions en aucun cas heurter les croyants.» Puis de conclure: «Vous savez ce qu'on dit dans la pub? Bonnes ou mauvaises, toutes les réactions sont bonnes! L'essentiel est qu'on en parle...» / SFR