Candidats prêts à défendre Neuchâtel au Palais fédéral (2)

La révision de l'assurance chômage sera un des premiers dossiers que devra traiter l'élue ou l'élu lors de son arrivée au Conseil des Etats. Que pensent les trois candidats du texte voté par le National en décembre?
05 janv. 2010, 06:40

Le th?me de l'assurance ch?mage ne divise pas Francine John-Calame, Pierre Hainard et Rapha?l Comte. C'est le moins qu'on puisse dire. Si les deux hommes s'accordent sur l'assainissement de ses finances, ils rejoignent l'?cologiste sur la question des jeunes.

Quelle est votre position sur l'?pineux dossier de la r?vision de l'assurance ch?mage?

Pierre Hainard: L'assurance ch?mage doit ?tre assainie. La dette, avec la crise, va passer de 6 ? 10 milliards. C'est une situation qu'on ne peut plus laisser perdurer. Le rel?vement des cotisations est une imp?rieuse n?cessit?. Les d?cisions sur les jeunes, par contre, ce n'est pas raisonnable. Faire des ?conomies sur les prestations, il faut y aller raisonnablement. Il y a un point sur lequel je serai intransigeant. Quand le ch?mage d?passe 5% on ne peut pas mettre en jeu ces d?cisions. Ce n'est pas possible. La dur?e des indemnit?s c'est pour pousser les gens ? trouver du travail. Par contre punir des gens qui n'ont pas trouv? de travail parce qu'il n'y en a pas... Il y a des gens malgr? toute leur bonne volont?, qui n'en retrouveront pas.

Le probl?me du ch?mage n'est pas le m?me ? Zurich que dans le canton de Neuch?tel. Il y a un probl?me de solidarit? conf?d?rale. Il y a aussi un report de charges. C'est inacceptable financi?rement, et inacceptable socialement.

Francine John-Calame: Je peux reprendre ? mon compte tout ce qu'a dit Pierre Hainard. Le r?f?rendum on nous le sert sur un plateau. On pouvait pas la rendre pire que ?a cette assurance ch?mage. On s'est acharn? sur les jeunes d'une mani?re scandaleuse. D'une part, en augmentant les temps de carence jusqu'? 30 ans, qu'ils aient des charges de famille ou pas, et, d'autre part - les gens n'ont pas mesur? cette contrainte-l? - en obligeant les jeunes ? accepter n'importe quel boulot.

Quand j'?tais ? l'ADC j'ai v?cu ?a, de nombreux juristes et employ?s de commerce au ch?mage. On s'est aper?u que les employeurs engageaient des juristes comme employ?s de commerce. Au tarif employ? de commerce, les employ?es de commerce ne trouvent pas de boulot et vont comme caissi?re. Les caissi?res ne trouvent pas de travail. C'est une cascade. Il y a des gens surqualifi?s ? certains postes. Les gens qui pouvaient occuper ces postes-l?, ils ne peuvent plus.

Au Conseil national, tant l'UDC que le PLR ont vot? en bloc. On a trouv? des milliards pour sauver l'UBS. L'assurance ch?mage, c'est une assurance risque. Les gens ont pay? pour ?a. Quand ils font appel ? cette assurance parce qu'ils ont subi un dommage, on les rend responsables. C'est le sommet du blues!

Rapha?l Comte: Le projet n'est clairement pas ?quilibr?. Il y a toute une s?rie de points qui sont inacceptables. On ne peut pas venir du canton de Neuch?tel et trouver que cette r?forme est bonne. Elle touche les jeunes d'une mani?re beaucoup trop forte. Le pacte de solidarit? n'est pas respect?. La solidarit? entre les r?gions, elle n'existe pas.

Il faut effectivement assainir cette assurance, mais il faut quand m?me tenir compte de la situation ?conomique actuelle. Selon les r?gions, la situation n'est pas la m?me. Le ch?mage est essentiellement une fatalit? qui touche certaines personnes. Dans des r?gions o? le ch?mage est plus important, on doit admettre que c'est plus difficile pour les personnes et qu'on ne peut pas leur faire porter la responsabilit? de ce ch?mage et admettre la solidarit? entre les r?gions. Il ne faut pas non plus reporter les charges sur les cantons et les communes. On n'avance pas. On n'assainit pas les finances publiques.

P. H.: Sur ce sujet, je pourrais amener une autre teinte plus raisonnable. Le ch?mage partiel, les r?ductions d'horaire de travail (RHT), il faut passer de 18 ? 24 mois. Il y a des probl?mes politiques, sociaux, puis il y a des probl?mes ?conomiques. Avec les RHT, une entreprise garde son personnel. Si ? la fin du ch?mage partiel, le personnel la quitte et va au ch?mage, ? la reprise l'entreprise sera d?sorganis?e.

F. J.-C.: Il est parfaitement sinc?re. Ce qu'il oublie c'est qu'? Berne il devra ob?ir.

P. H.: Je n'ai jamais ob?i ? personne. M?me ? La Chaux-de-Fonds.

Il y a une discipline au sein du groupe PLR?

R. C.: Au Conseil national, il y a une discipline qui s'est renforc?e ces derni?res ann?es parce que la situation politique fait que si les diff?rents groupes commencent ? se diviser ils n'arrivent pas ? faire passer une position majoritaire. Au Conseil des Etats, la situation est un peu diff?rente. PLR et PDC sont majoritaires. ?a laisse une marge de man?uvre.

Par rapport ? l'assurance ch?mage, vous sentez-vous dans cette ligne diff?rente?

R. C.: Je suis Neuch?telois et je ne suis pas un soldat. Les ?lus au Conseil des Etats doivent aussi d?fendre les int?r?ts du canton de Neuch?tel. Et si, ? un moment donn? les int?r?ts du canton de Neuch?tel sont mis en p?ril par rapport au parti, ce n'est pas propre ? la droite, c'est l'int?r?t du Conseil des Etats de pouvoir contrebalancer ces effets, d'avoir une position un petit peu diff?rente. Si le Conseil des Etats ne peut pas jouer ce r?le-l?, il faut supprimer le Conseil des Etats. Il joue un r?le mod?rateur par rapport au Conseil national. /DAD

Des motivations diverses pour des candidats venus d'horizons différents

PIERRE HAINARD

Premièrement, elles sont d'ordre politique. L'UDC a le droit à un siège au Conseil des Etats étant donné sa force politique dans le canton. On peut admettre que ce siège revient à la droite. Le PLR est quand même redevable de l'UDC. Didier Burkhalter, lors de son élection, a obtenu plus de voix UDC que PLR, une de plus si je ne me trompe pas. Aux cantonales, il y a eu trois élus PLR au Conseil d'Etat. Le troisième a été élu grâce au désistement du candidat de l'UDC. Politiquement, ce siège revient à l'UDC.

J'ai une vision personnelle aussi. Je suis spécialement motivé. Je pourrai me consacrer totalement à ce travail-là. J'ai démissionné du Conseil communal de La Chaux-de-Fonds. J'ai une expérience dans le privé. J'ai fondé une entreprise. J'ai été directeur d'une école professionnelle. Quand je parle de formation, d'économie, je sais de quoi je parle. J'ai été conseiller communal pendant six ans. Je n'ai pas seulement parlé, j'ai agi. J'ai donné l'impulsion politique pour la mise en place de Viteos, de Vadec. Au point de vue politique, j'ai une certaine expérience. J'ai été conseiller général pendant douze ans. Je fais ma quatrième législature comme député.


FRANCINE JOHN-CALAME

Du moment que cette élection se fait encore à la majoritaire, on a un droit aussi à participer à cette élection. J'ai décidé qu'on revendiquait ce siège parce qu'on veut lutter contre cette politique de la peur qu'on est en train de mettre en place en Suisse. Les Verts ont des valeurs à défendre et une femme verte et des valeurs vertes à faire valoir aux Etats. A l'heure actuelle, il n'y a que huit PS et deux Verts. Dans la configuration actuelle, la revendication de participer à cette élection est tout à fait légitime.

Ça vaut la peine, même si c'est pour moins de deux ans d'aller défendre les valeurs qui sont les nôtres dans cette chambre-là. D'autant plus qu'il y a le traitement de l'assurance chômage qui va revenir ce printemps devant le Conseil des Etats. Après le sort que lui a fait subir la majorité du Conseil national, atténuer en tout cas certaines dispositions qui ont été mises dans cette loi, est indispensable à l'heure actuelle. C'est pour ça que je me bats. Des valeurs défendues longuement par mes engagements bénévoles comme les Mamans de jour, Association de défense des chômeurs, la Fédération romande des consommatrices pour le désendettement des familles. De plus, je connais bien le fonctionnement du Palais fédéral. J'y ai des liens, des réseaux.


RAPHAËL COMTE

Personnellement, je suis passionné par la politique. Cette passion, on a envie de la développer. Je suis conseiller communal à Corcelles-Cormondrèche depuis neuf ans et président de l'Association des communes neuchâteloises. J'ai été député huit ans, secrétaire du Parti radical pendant quatre ans et du PLR une année. Du moment qu'un siège se libérait au Conseil des Etats, la question s'est posée pour moi de postuler. Pour faire avancer un certain nombre de projets au niveau fédéral. J'ai envie de conserver ce siège. C'est l'unique siège romand libéral-radical au Conseil des Etats. Il faut que cette sensibilité continue d'être présente.

Dans le cadre de cette campagne, il y aussi deux éléments importants. D'abord la notion d'équilibre entre gauche et droite. On voit que ces deux forces politiques sont au coude à coude dans le canton. Il est important, plutôt que de s'opposer, de travailler ensemble. Un socialiste, un libéral-radical, c'est la meilleure formule, ça représente la majorité de ce canton.

Deuxième argument: le renouveau. J'ai toujours estimé que les générations doivent travailler entre elles. Je ne suis pas partisan du jeunisme mais avoir une certaine mixité, c'est important. Au Conseil des Etats, la moyenne d'âge est de 55 ans. Avoir des personnes de différentes tendances, de différentes générations, ça me paraît important. /dad