Mots de soprano

02 févr. 2010, 09:56

CRITIQUE - PAR DENISE DE CEUNINCK

La soprano Laurence Guillod aime la scène. Et les planches le lui rendent bien. Dimanche à la Maison du Concert à Neuchâtel, invitée des Chambristes, elle a interprété les textes et les mélodies de Kurt Weill et de Francis Poulenc avec la sûreté de trait d'une caricaturiste.

De Kurt Weill à Francis Poulenc, Laurence Guillod passe, avec aisance, d'un style à l'autre, en alternance. Elle connaît ses textes et excelle dans l'art d'en graduer les couleurs. On apprécie sa facilité d'élocution allemande, «Nanna's Lied» touche par sa sensibilité. On retrouve dans ce programme quelques classiques de Kurt Weill, «Barbara Song», «Alabama Song», en anglais, où la silhouette de Brecht rend visible et lumineuse ces régions de l'être où tout apparaît sombre. Il y a la «Complainte de la Seine». Là, on est au cinéma! On passe du tango avec «Youkali» au jazz avec «Buddy On The Nightshift». Et la voix, à l'aise, module en toute situation.

Les thèmes qu'elle a retenus chez Kurt Weill, Laurence Guillod les a recherchés chez Francis Poulenc, elle les présente en miroir. Immédiatement, l'interprétation porte la marque de la personnalité du compositeur, prince de la mélodie poétique et de la voix. Cette faculté s'impose dans «Hôtel» ou «Sanglots». Inspirée par les textes de Guillaume Apollinaire, Laurence Guillod recrée l'atmosphère propre à ce compositeur. Voix et instruments ont la présence idéale. A eux trois les interprètes forment une belle équipe. La musique coule sous les doigts de Birgit Frenk au piano, suivie par de subtils éclairages. Sous l'apparente simplicité de ses phrases, Etienne Frenk au violoncelle soutient, d'un archet léger, la couleur harmonique.

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