L'abstraction, puis la lumière de Mahler

06 mai 2009, 09:19

CRITIQUE - PAR SASKYA GUYE

Un roulement de timbales, de grosse caisse, quelques accords de harpes et de guitare. Puis l'orchestre tout entier, 67 instruments traités individuellement. De prime abord, l'auditeur n'entend qu'une furieuse cacophonie. On tente de percevoir un rythme ou une phrase à laquelle s'accrocher. Une petite mélodie - quelques notes identifiables - voyage entre les cordes. On l'écoute, on la suit. Inexorablement on la perd, emportée par la complexité de l'ensemble. Le motif revient aux vents.

Des sons juxtaposés, des formules mathématiques sous-jacentes, voilà une musique bien abstraite. «Ujë dhe Erë» du compositeur suisse Martin Derungs est un concerto pour guitare à 13 cordes et orchestre symphonique. Admir Doçi tient la partie de solo avec brio. Sa partition ressemble à plusieurs petites cadences intercalées lorsque l'orchestre ne joue pas. Invité par Les Amis du conservatoire de Neuchâtel, l'Orchestre symphonique suisse des jeunes, placé sous la direction de Kai Bumann, s'empare sans complexe de cette partition.

En deuxième partie, la «Symphonie No 5» de Mahler tient en haleine le public qui remplissait dimanche le temple du Bas. Les cordes créent un tapis sonore velouté dans le thème de la «Trauermarsch». Les vents font retentir leur appel angoissant. Trompette à la sonorité claire, trombone effrayant. La mort vient nous chercher en riant, mais tout redevient sombre. Dans le deuxième mouvement, on se sent presque apaisé, emporté par une force enveloppante. C'est dans l'étendue infinie et paisible du quatrième mouvement, dans la langueur des cordes, que s'exprime au paroxysme le magnifique legato que développe l'orchestre dans la lumière irisée de la harpe. La symphonie s'achève triomphalement: la lumière règne sans partage.

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