Encore plus d'artistes au programme

La Ville de Neuchâtel a donné carte blanche à des artistes de la région pour raviver la composante culturelle de la manifestation. Rendez-vous au corso fleuri et au Neubourg.

19 sept. 2014, 00:01
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Une odeur de bois, de verni et de dur labeur qui chatouille les narines. C'est ici, dans un hangar situé rue des Rouges-Terres, à Hauterive, que les mains expertes de plusieurs artisans s'attellent depuis deux semaines à la construction d'un char d'exception pour la Fête des vendanges de Neuchâtel.

La bête, encore à l'état de squelette, attend d'être décorée. Eparpillées ça et là, de grosses têtes caricaturales de pantins reposent par terre ou sur leur socle, prêtes à recevoir le coup de peinture final. "Pour une de ces têtes, il faut compter quinze à vingt heures de travail. Nous devons en réaliser sept, donc je vous laisse imaginer le temps global que cela représente, en plus de tout le reste..." , commente le plasticien Emmanuel Du Pasquier, dit Paxon.

Dynamisme culturel

En compagnie du musicien Olivier Forel et du théâtre Tumulte, représenté par les metteurs en scène et comédiens Jean-Philippe Hoffman et Monique Ditisheim, ils forment la petite troupe d'artistes mandatée par la Ville de Neuchâtel et le comité d'organisation de la Fête des vendanges. Objectif: redonner un coup de fouet culturel à la manifestation. Mais aussi illuminer de leurs talents le 800e anniversaire de la charte de franchises (voir encadré), dont la Fête des vendanges forme le point d'orgue.

"La culture a bien sûr toujours eu sa place à la Fête des vendanges. Elle était déjà représentée par le défilé des enfants, les feux d'artifice ou les Guggenmusik, par exemple. Mais avec cette nouvelle action, le côté culturel sera encore amplifié" , souligne Xavier Grobéty, président central de la Fête des vendanges.

En plus du char, qui défilera au traditionnel corso fleuri du dimanche, la Ville leur a également confié la mission de rallumer la flamme musicale de la rue du Neubourg, qui n'était plus qu'étincelles depuis quelques années. Coût des opérations: 30 000 francs. "Une somme bien trop maigre face au travail que cela représente et au projet que nous avons en tête" , fait remarquer Paxon. "Nous avons demandé à la Ville de rallonger le budget initial de 9000 francs, mais on ne les a pas encore reçus..." .

Char caustique

C'est en réunissant leurs arts respectifs et leur imagination que les artistes de ce collectif sont parvenus à créer ce char commandé par la Ville. Aucune contrainte ne leur est imposée quant à son animation. Ils ont carte blanche, ou presque. Seule consigne, respecter le thème sur lequel repose cette 89e édition: Rêve'olution. Alors ils se lâchent. Intitulé "La hache aux plafonds", ce char arborera un style grand-guignolesque façon Belle Epoque, en témoignent les ébauches de pantins aux allures grotesques qui parsèment le hangar. Au programme, une satire sociale cynique découpée en cinq scènes, ironisant tour à tour sur la religion, l'amour ou encore l'argent. Didier Burkhalter figure également au tableau... Version pantin, bien entendu.

Comédie et guinguette

Quant à la rue du Neubourg, les animations prévues par le théâtre Tumulte ne manqueront pas de ravir petits et grands. Des farces médiévales raillant les histoires de maris trop âgés ou de femmes trop jeunes, des chants révolutionnaires, des contes... Et de la musique, évidemment! "Quand la Ville m'a demandé de participer au projet, une seule question m'est venue à l'esprit: où allions-nous organiser tout ça pour ne pas être submergés par les décibels de la Fête des vendanges?" , sourit Olivier Forel, le musicien de la troupe. "La rue du Neubourg s'est finalement imposée comme l'endroit idéal, en raison de son emplacement, mais aussi de son illustre passé musical pendant cette manifestation."

Le Neubourg revêtira des allures de guinguette, la dizaine de groupes invités se relayant sans interruption pour animer le grand bal musette à l'affiche. A noter, la présence des I Skarbonari, célèbres musiciens neuchâtelois aux chansons agitées. "Nous allons respecter le voeu de cette édition en rêvant et en se révoltant, mais tout ça dans le bonheur!", plaisante Olivier Forel. Et si cette valeur ajoutée artistique se révèle concluante, aucune raison pour changer de disque les prochaines années.