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Paroles d'ethnographe

Avec sa verve habituelle, l'ancien conservateur du Musée d'ethnographie de Neuchâtel a résumé en deux petites heures les 25 ans de son parcours intellectuel... et montré qu'il n'est pas à court d'idées «Ma première victoire à Genève - où je suis depuis vingt jours -, c'est d'avoir fait admettre que le Musée d'ethnographie de Genève s'appellerait... Musée d'ethnographie de Genève». Jacques Hainard, on s'en serait douté, n'a rien perdu de sa verve. Le néo-Genevois donnait conférence mercredi soir au Musée de l'Areuse, à Boudry, devant un auditoire comble qui fut comblé.

24 févr. 2006, 12:00

Au fond, l'ethnologie, c'est «se demander pourquoi nous pensons ce que nous pensons», a-t-il résumé à mi-parcours de la défense et illustration de sa démarche intellectuelle à laquelle il s'est livré.

Dans les grandes lignes, Jacques Hainard a posé que la date clé de l'histoire des sociétés humaines était 1492. Avant la découverte de l'Amérique, on ne pouvait pas se représenter la planète comme ce qu'elle est, une boule qui tourne autour du Soleil.

L'autre date clé, note l'ethnologue, c'est 1850, qui marque les débuts de cette discipline scientifique. Elle introduit une hypothèse: «Les sociétés humaines évoluent». Ce postulat conditionne la suite. Evoluer implique la disparition progressive de ce qui existait antérieurement. «L'ethnologie invente le primitif», résume Jacques Hainard. Il devient dès lors urgent de «sauver» des éléments de la culture matérielle de ces sociétés en voie de disparition.

Sauver, pour l'Occident, c'est accaparer, stocker, amonceler, classifier. L'idée sous-jacente, c'est que nous sommes la civilisation, les primitifs - les inférieurs -, ce sont les autres. On voit le lien avec le colonialisme.

Mais le regard sur les autres est tributaire de «l'air du temps». Ainsi en est-il allé des Boshimans: primitifs attardés, quasi-animaux, pour les scientifiques de la fin du XIXe siècle, les voici promus un siècle plus tard au firmament de l'humanité. On s'aperçoit qu'ils vivent mieux que nous sans travailler. «Aujourd'hui, l'air du temps, c'est l'histoire des caricatures de Mahomet, la grippe aviaire», suggère l'ethnographe.

Et de révéler ce qui n'est pas encore un projet: l'idée de monter, dans l'institution qu'il dirige désormais, des «expositions ponctuelles» qui réagiraient au quart de tour sur des phénomènes d'actualité qui bouleversent le monde. Pour permettre à chacun de commencer à comprendre pourquoi il pense ce qu'il pense... / LBY

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