Ne pas agir en catastrophe

Une carte neuchâteloise des dangers naturels devrait être établie d'ici 2010 à l'initiative de l'Ecap. Une manière de mieux prévenir les risques, même si ceux-ci sont moindres que dans d'autres cantons Inondations, grêle, glissements de terrain, ouragans, tremblements de terre: si le canton de Neuchâtel est moins exposé que d'autres aux catastrophes naturelles, il doit malgré tout se préoccuper des risques potentiels. Et d'ici 2010, il devrait même disposer d'un outil idéal: une carte des dangers naturels, a annoncé mercredi soir Laurent Memminger, directeur de l'Etablissement cantonal d'assurance et de prévention (Ecap), à l'occasion du premier Café scientifique de l'année mis sur pied par l'Université de Neuchâtel et la Société neuchâteloise de sciences naturelles.

20 janv. 2006, 12:00
«Nous allons vers des étés plus secs, avec des pluies rares, mais plus violentes»

«Nous sommes en train d'établir cette carte, qui devrait être terminée pour le bicentenaire de l'Ecap, en 2010, précise Laurent Memminger. La Confédération subventionne l'opération à raison de 80%, et nous prendrons en charge le solde, qui représente tout de même quelque 600.000 francs. Mais ce type d'outil sera très précieux, dans un contexte d'aménagement du territoire, et bien sûr de prévention des dangers.»

Des dangers qui, sur sol neuchâtelois, n'ont rien de comparable au risque, par exemple, que connaît le canton du Valais, sujet à inondations. Mais il reste malgré tout des inconnues, notamment aux abords des cours d'eau (l'Areuse peut facilement déborder à Boudry) ou de pentes propices aux glissements de terrain.

Prévenir au lieu de subir

«L'idée est de délimiter des zones où l'on ne pourrait plus construire, même si, évidemment, les bâtiments déjà existants ne seraient pas démolis, précise le directeur de l'Ecap. Mais on pourrait alors savoir de quelle manière agir préventivement ou réagir dans le cas d'un sinistre.»

Reste évidemment l'imprévu, un nouveau Lothar ou un séisme centenaire. «Un tremblement de terre peut très bien se produire dans le canton de Neuchâtel, même si le risque est moins élevé qu'à Bâle ou en Valais, indique Olivier Lateltin, de l'Office fédéral des eaux et de la géologie. La première chose à faire serait d'intégrer les normes des architectes aux nouvelles constructions, qui devraient pouvoir résister à une magnitude de 6.»

Quant aux indondations, elles pourraient être mieux gérées grâce à un meilleur entretien des berges et des forêts. Le Valais a même lancé un vaste projet, sur 20 ans, visant à redonner de l'espace au Rhône, en l'élargissant de manière substantielle.

Car le réchauffement climatique semble bel et bien avoir un effet sur les catastrophes naturelles, et surtout sur la pluviométrie. Eminent expert en climatologie, le professeur Martin Beniston a ainsi expliqué qu'il fallait s'attendre, d'ici 50 à 100 ans, à des hivers plus humides et des étés plus secs, mais sujets à des précipitations plus abondantes sur des courtes périodes: «Un climat un peu méditerranéen». Les rivières vont encore avoir tout loisir de déborder. La catastrophe d'août dernier, qui a notamment touché l'Aar, pourrait bien se reproduire... / FRK

Les risques en chiffres

La prévention des dangers naturels coûte en Suisse 2,5 milliards de francs par an. Enorme? Certes. Mais des «cacahuètes», dit Olivier Lateltin, par rapport au produit national brut suisse (450 milliards), alors que le phénomène El Niño coûte 30% du PNB de certains pays d'Asie.

Dans le canton de Neuchâtel, le risque maximum, en termes de coûts, est lié à la grêle: de l'ordre de 175 à 200 millions de francs pour l'orage le plus violent qui puisse être imaginé. En 2004, l'Ecap a été confronté à 312 cas de grêle et a versé 1,2 million de francs à ce titre. Les dégâts naturels ont augmenté de près de 20% entre 2003 et 2004 sur sol neuchâtelois.

Intégrer les normes antisismiques aux nouvelles constructions n'a pas un coût énorme: 0,5% du coût total d'un bâtiment. De quoi résister à un séisme de 6, soit un séisme centenaire. Les centrales nucléaires et les barrages doivent, quant à eux, résister à un tremblement de terre susceptible de se produire tous les 10.000 ans, relève Martin Burkhard, professeur de géologie à l'Université de Neuchâtel. / frk