Mégawatts sous contrôle

Le gouvernement invite les 130 gros consommateurs d'énergie du canton à optimiser leur consommation, conformément aux dispositions légales. Trois solutions s'offrent aux entreprises concernées Dans le canton de Neuchâtel, 130 entreprises utilisent à elles seules environ 45% de l'électricité consommée dans le canton. Dans un courrier envoyé la semaine dernière, le Conseil d'Etat invite ces «gros consommateurs» à «analyser leur consommation et prendre des mesures raisonnables visant à l'optimiser», ainsi que l'exige la loi cantonale sur l'énergie de 2001. «Cette disposition particulière nécessitait la définition préalable de certains paramètres, ce qui explique que sa mise en oeuvre n'intervienne qu'aujourd'hui», indique Jean-Luc Juvet, chef du Service cantonal de l'énergie.

24 janv. 2006, 12:00

Selon la loi, l'appellation de gros consommateur est réservée aux entreprises qui dépassent chaque année 500.000 kWh d'électricité, soit 500.000 litres équivalent mazout (pour comparaison, un ménage moyen consomme environ 4000 kWh par an).

Trois choix possibles

La Gestion du territoire propose trois possibilités aux grosses entreprises neuchâteloises. Premièrement, celles-ci peuvent adhérer à un groupe de l'Agence de l'énergie pour l'économie (Aenec), mise sur pied par les principales organisations professionnelles suisses pour favoriser l'utilisation rationnelle de l'énergie auprès de leurs membres. «C'est une convention d'objectifs reconnue au niveau national, note Jean-Luc Juvet. Elle porte plus largement sur les émissions de CO2 et prend en compte la question des transports et des carburants.» Sur les 130 entreprises neuchâteloises concernées, 37 ont d'ores et déjà choisi cette variante. C'est notamment le cas des «poids lourds» de la consommation énergétique dans le canton.

Deux autres solutions, plus souples et plus légères, s'offrent aux entreprises. D'une part, elles peuvent adopter une convention d'objectifs avec le Conseil d'Etat, de façon individuelle ou au sein d'un groupe d'entreprises à créer librement. Enfin, elles ont la possibilité de fournir au canton un rapport d'analyse avec une évaluation chiffrée des mesures d'optimalisation et s'engager dans une planification de mise en oeuvre. «Nous préférons les variantes de l'Aenec et de la convention d'objectifs avec le Conseil d'Etat, souligne le chef du Service de l'énergie. La troisième solution nécessite une analyse précise de ce qui se passe dans les entreprises, ce qui implique que l'Etat s'ingère quelque peu dans leur fonctionnement. Ce rôle plus inquisiteur n'est pas souhaitable.»

Mesures généralisées

Cette démarche est entreprise sur la base du même modèle dans huit cantons (38% de la population du pays). La Confédération encourage tous les cantons à procéder de même. «Ces mesures poursuivent les objectifs de la politique climatique et énergétique de notre pays qui visent à diminuer les émissions de CO2 et maîtriser la consommation d'électricité», note la Gestion du territoire. Elles s'ajoutent aux nombreuses autres actions dans le domaine de la construction, en particulier l'isolation thermique des bâtiments et la promotion des énergies renouvelables. «Pour les entreprises, ces mesures permettent d'acquérir plus d'indépendance vis-à-vis des fluctuations des prix de l'énergie, d'augmenter leur compétitivité et d'éviter le paiement d'une future éventuelle taxe sur le CO2.» /CPA

Une contrainte, dans la continuité

«C'est une contrainte supplémentaire, mais nous sommes déjà ancrés dans cette philosophie, puisque nous avons reçu la certification environnementale ISO 14.001 en 1999», relève Laurent Forster, directeur chez Lauener & Cie, société de décolletage à Boudry. L'entreprise ne fait pas partie des 37 «gros consommateurs» ayant déjà adhéré à l'Aenec. «Nous ne l'avons pas souhaité, nous préférons faire cavalier seul». Sans que la décision formelle ne soit encore prise, Laurent Forster penche pour la solution de la convention d'objectifs avec le Conseil d'Etat. Il accueille la démarche dans un esprit positif: «L'Etat pousse la réflexion plus loin dans une voie médiane, en permettant à l'entreprise de choisir sa voie et le rythme auquel elle veut avancer.»

Du côté de la câblerie Nexans, à Cortaillod, le patron Francis Krähenbühl note que son entreprise est également déjà au bénéfice d'une certification ISO: «Ces directives s'inscrivent dans la continuité par rapport aux mesures environnementales que nous avons déjà mises en oeuvre.» /cpa

Quelques exemples

Atitre comparatif, quelques exemples (ordre de grandeur) de gros consommateurs d?électricité, en megawattheures (MWh) par année (500 MWh sont équivalents à 500.000 kWh). Raffinerie: plus de 100.000 MWh. Grosses industries: 10.000 à 20.000 MWh. Faculté des sciences: environ 5000 MWh. Grands hôpitaux: 2000 à 3000 MWh. Grands magasins: 1000 à 2000 MWh. Centres scolaires, grandes administrations: environ 1000 MWh. Petits hôpitaux: 500 à 1000 MWh. Stations d?épuration: 500 à 1000 MWh.