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«Elle était trop envahissante»

24 avr. 2007, 12:00

Avec une bonne santé mentale, Matthieu* aurait frisé la Cour d'assises. Mais c'est devant le Tribunal correctionnel de Boudry que le procureur général Pierre Cornu a lâché hier cette supposition. Car Matthieu souffre d'un handicap mental qui diminue sérieusement sa responsabilité pénale. Et qui a donné une perspective plus clinique que criminelle aux infractions retenues dans l'ordonnance de renvoi, toutes commises au détriment de Caroline*, son amie des années 2000 à 2005.

Enfant adopté, hyperactif, Matthieu dut quitter le domicile de ses parents à l'âge de 12 ans, pour vivre au Centre pédagogique de Malvilliers. Depuis lors, il ne connut à peu près que la vie en institution.

A peine majeur, il noua une relation amoureuse avec une autre pensionnaire du foyer où il résidait. L'affaire commença plutôt bien. Mais à la première visite du couple chez les parents de Matthieu, «on voyait que c'était une relation conflictuelle», a témoigné hier la mère du prévenu.

N?ud du problème selon Matthieu: «Elle était trop envahissante.» En parler sereinement n'est déjà pas toujours facile au sein de couples sains d'esprit, mais là, les deux jeunes gens se retrouvèrent «perdus». Et c'est notamment «pour la mettre un peu à l'écart» que Matthieu lui a une fois mis un coussin sur le visage «en appuyant fort», serré brièvement le cou avec ses deux mains et l'a, à plusieurs reprises, giflée, frappée du poing ou du pied, griffée, mordue et menacée de mort.

Parfois, les coups lui servaient aussi à obtenir des fellations, pratique dont elle ne voulait pas, alors même que le reste de leurs relations sexuelles ne semblait pas, selon le dossier, marqué par la contrainte.

Matthieu a reconnu les faits dès le début de l'enquête. «J'étais allé trop loin et je suis content que Caroline ait déposé plainte. Ça m'a montré à quelles limites je devais me tenir.»

Saluée par le procureur, l'avocat de la plaignante et le tribunal, cette franchise n'a pas cependant fait miraculeusement disparaître celui que le prévenu lui-même appelle «Matthieu le démon». Le jeune homme suit donc actuellement, à Perreux, une thérapie qui semble lui convenir. Après quelques débats de juristes entre Pierre Cornu et l'avocat de la défense, le tribunal - qui a notamment abandonné la mise en danger de la vie d'autrui pour l'épisode du coussin - a donc décidé de suspendre au profit de la poursuite de ce traitement la peine de douze mois d'emprisonnement qu'il a infligée à Matthieu. / jmp

* prénoms fictifs
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