Les retraités seraient devenus des privilégiés

Une enquête commandée par l'Office fédéral des assurances sociales (Ofas) compare la situation économique des actifs et des retraités. Or, ces derniers sont la catégorie sociale la mieux lotie. La retraite, à quel âge? Un chiffre couperet ou une flexibilité de 62 à 70 ans? C'est la question clé de la prochaine révision de l'AVS, tant discutée. Pour y répondre, l'étude réalisée par Philippe Wanner, professeur de l'Université de Genève et présentée hier, est riche d'enseignements.

11 avr. 2008, 12:00

C'est la première fois qu'une étude analyse un si grand nombre de données. Elle se base sur les registres de l'AVS couvrant plus d'un million de personnes et sur les données fiscales de cinq cantons: Neuchâtel, Valais, Argovie, Zurich et Saint-Gall. Cela donne une photographie instantanée qui «remet en cause quelques-unes de nos représentations concernant la répartition des revenus et des fortunes entre les sexes, les types de familles et les clases d'âge», juge Yves Rossier, directeur de l'Ofas.

Par exemple, le cliché du pauvre rentier ne pouvant compter que sur une maigre AVS pour vivre. L'étude montre que la grande majorité des retraités sont dans une situation privilégiée, surtout par rapport aux jeunes familles avec enfants. Car le revenu du retraité s'est diversifié. Il peut compter sur quatre piliers: AVS, prévoyance professionnelle, épargne personnelle et travail. Mais il reste une poche de pauvreté: 6% des aînés n'ont que l'AVS pour survivre.

En valeur médiane, la fortune brute des retraités se monte à 295 000 francs, pour moitié en placements financiers et pour l'autre moitié en biens immobiliers. Quant à leur fortune nette médiane, elle atteint 232 000 francs.

Au final donc, près de 560 000 contribuables ne disposeraient que de «faibles ressources financières». Ce sont surtout des personnes en âge de travailler: 425 000 contre 135 000 retraités. Dans l'ensemble, «la vieillesse n'est plus synonyme de pauvreté», conclut Philippe Wanner.

Autre enseignement de cette étude: le risque de pauvreté se déplace. Un cinquième des familles ayant trois enfants ou plus, 40% des mères élevant seules leurs enfants, un quart des femmes seules en âge d'exercer une activité lucrative sont exposés à un risque accru de pauvreté. 13% de ces dernières disposent de très faibles ressources, soit un revenu annuel total inférieur à 26 200 francs.

Les résultats de l'enquête montrent aussi clairement que le niveau moyen des revenus de l'activité lucrative des femmes, quel que soit l'âge considéré, reste systématiquement inférieur à celui des hommes. / PPA