Les mots d'un vieux fou, d'un frère de la nuit

Spectacle musico-littéraire jeudi au théâtre du Pommier à Neuchâtel. Poète de la marge, Boillat X a mis ses mots rageurs en musique.
28 avr. 2009, 10:02

Le rendez-vous avec Boillat X ne pouvait avoir lieu que sur une terrasse. Goudron et nicotine obligent. Il arrive à l'heure exacte. Mais repart aussitôt pour réapparaître quelques minutes plus tard. Dans l'intervalle, on commande un peu de rosé, «le moins cher». Boillat X prépare son porte-cigarettes avec une brune: «J'ai pas une tête de blonde, ou bien?» Flûte traversière sur la table, «plus facile à transporter qu'un sax basse», il avoue qu'avant le concert de jeudi au théâtre du Pommier à Neuchâtel, il a le trac: «J'en rêve la nuit, c'est vrai que je ne suis pas un type gai.»

Le projet a démarré après la parution de son recueil de poèmes «Nom de Dieu» chez Edicarta en 2007. «Sur l'insistance, je dirais même le harcèlement de Maurice Grosjean, un ingénieur du son remarquable, nous avons décidé d'enregistrer le concert. Et la télévision TOR captera les images.»

Sept autres musiciens accompagneront Boillat X sur scène. Plutôt que de jazz, il parle de spectacle musico-littéraire, proche de la musique contemporaine. La musique appuie, souligne les mots déclamés. Et sur la terrasse, il dégoise. «Mais sur scène, je donne plus... Il paraît que c'est de la poésie. Je ne sais pas, moi j'écris en X. C'est ça mon écriture en ligne.»

Ses poèmes ont été mis en musique par lui et ses «ouailles». J'ai déjà travaillé avec une bonne partie de ces musiciens. Cette fois, on sera un peu plus sérieux...» Sur les 21 morceaux, il en propose deux à un ami: Vincent Falik, piano-voix, «c'est un type extraordinaire, merveilleux.» L'envoyé spécial de «La Soupe» radiophonique, André Klopfenstein, pourrait aussi être sur scène. «Vincent Kohler est un ami de mon fils: ils s'entendent comme deux merdes d'oiseaux.»

Le schéma de base musical a été discuté en «séances théoriques» pour laisser la place aux improvisations. «C'est vraiment de la fusion sur la base de mes textes. C'est un choc musical. Tout à coup, je gueule! Tu vois mon frère?» Oui, on voit.

Il écrit la nuit. Que la nuit. Avec ses Parisiennes au tabac brun, «il paraît qu'ils vont bientôt les interdire.» A 65 ans, Boillat X a dû renoncer à la sculpture pour des raisons physiques. «Bon, comme sculpteur, je n'ai jamais gagné ma vie, c'est plutôt le chômage... mais j'ai toujours fait de la musique. Je m'étais mis au dessin, mais ma ligne est tarie.»

Il cite des influences: «Bruno Maderna, Pierre Henry pour la musique contemporaine et John Coltrane ou Charlie Parker en jazz, mais aussi Louis Armstrong, Sydney Bechet...»

Et s'il demande aux gens de ne pas oublier leurs téléphones portables, c'est pour le morceau «Swisscon et Cie»: de l'electro cinglée, bourrée de larsens. «Ça va sonner», promet-il. Originaire des Franches-Montagnes, Boillat X a grandi en Ajoie. Mais depuis de longues années, on le croise dans les bars du bas du canton, là où il se sert parfois de sa canne comme d'un flingue.

Pour jeudi, le violoniste Bernard Junod lui a fabriqué un pupitre spécial pour dérouler ses textes: «On dirait un dépliant publicitaire pour des voyages, mais sans les photos.» Sombre peut-être, triste jamais, Boillat X. /JLW

Neuchâtel, théâtre du Pommier, jeudi 30 avril à 20 heures

Avec ses sept «ouailles»

Boillat X (saxophone et flûte traversière) déclamera ses textes. Cédric Bovet (saxophone), Blaise Dupasquier (piano), Pierre Glauser (contrebasse), Frédéric Letté (saxophone), Elodie «Mélodie» (piano), Bernard Junod (violon) et Georges Lièvre (batterie, percussions) déroulent le tapis musical. /réd