Les mauvais calculs de Swissmetal

En lançant une action judiciaire contre Unia pour la grève dans son usine de Reconvilier, le groupe Swissmetal se lance dans une drôle de démarche.
01 août 2015, 23:34

Le groupe soleurois parle d?une question de principe. Soit. On pourrait d?ailleurs voir derrière cette démarche une volonté des organisations patronales, notamment de l?industrie des machines, de chercher à faire jurisprudence. Une décision judiciaire donnant raison à Swissmetal pourrait en effet bloquer toute velléité de conflit social allant jusqu?à la grève lorsqu?une convention collective de travail est en vigueur. Vouloir utiliser la grève de «La Boillat» pour en faire un exemple et mettre Unia dans l?embarras risque fort d?être un bien mauvais calcul. Le conflit social qui oppose depuis novembre 2004 l?usine de Reconvilier au groupe Swissmetal est en effet tellement particulier que la seule valeur d?exemple qu?il ait est celle d?une mobilisation populaire de toute une région derrière un fleuron de son industrie. Mobilisation qui s?est appuyée sur une alliance spontanée entre direction locale et ouvriers pour s?opposer à des décisions prises au niveau du groupe. La FTMH ? devenue entre-temps Unia ? a été souvent dépassée par ce mouvement et n?a jamais vraiment réussi à le canaliser.

Même s?il obtient satisfaction, ce qui semble peu probable, le groupe Swissmetal, et avec lui tout le secteur de l?industrie des machines, aura tout au mieux obtenu une victoire à la Pyrrhus.

Car le moins qu?on puisse dire, c?est que Swissmetal a, depuis le début, géré cette affaire avec la plus grande légèreté. Les déclarations et décisions de ses dirigeants ont beaucoup plus contribué à aggraver la situation que les actions d?Unia. Un syndicat que de nombreux salariés de «La Boillat» ne portent d?ailleurs pas vraiment dans leur c?ur.

La démarche de Swissmetal apparaît comme une nouvelle provocation: le débat sur la paix du travail en Suisse mérite mieux que les gesticulations judiciaires de Martin Hellweg, son patron. / NWi