Les entreprises se préparent à la pandémie

02 août 2015, 18:44

Alors qu'un sixième cas de grippe A a été déclaré ce matin dans le canton de Neuchâtel (lire encadré), la première vague de grippe porcine ne devrait atteindre la Suisse qu'en septembre. Cependant le vaccin contre le virus ne sera probablement disponible qu'en octobre. Avec deux millions de malades pronostiqués, de nombreuses entreprises seraient touchées. La question du financement des absences n'est pas claire.

L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) et le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) estiment qu'au plus fort de la pandémie,  jusqu'à 10% des employés seraient dans l'incapacité de travailler durant deux semaines. A cela s'ajoute un tiers d'employés qui  prendraient soin de leurs proches à domicile.

Les entreprises se préparent à une pandémie, explique Ruth Derrer Balladore, membre de la direction de l'Union patronale  suisse. Les dispositions appartiennent à chacune d'entre elles: le télétravail est possible dans un bureau, pas dans une boulangerie, ajoute-t-elle.

Un manuel

Pour aider les sociétés, un «manuel pour la préparation des entreprises» a été élaboré par l'OFSP, le SECO et le Groupe de travail Influenza. Ce document a deux objectifs principaux:  maintenir le fonctionnement de l'entreprise pour garantir aux clients les biens essentiels et diminuer le risque d'infection sur le lieu de travail.

Selon la loi sur le travail, un employeur est tenu d'accorder trois jours à un employé avec famille à charge s'il doit soigner un ou des enfants.

Mais avec la grippe porcine, des absences prolongées sont probables. La question de savoir si elles seront autorisées se pose. Les grands-parents ou les mamans de jour peuvent aussi tomber malades, et les services de la Croix-Rouge ou d'aide à domicile pourraient alors être débordés.

Un cas particulier

Pour Philip Thomas, directeur du service juridique d'Unia, dans des «cas particuliers» - lorsque cela implique des enfants en bas âge ou lors d'une maladie très grave - la jurisprudence a déjà autorisé une semaine d'absence.

Mais jusqu'ici la jurisprudence n'avait pas été confrontée à une pandémie, indique-t-il. A ses yeux, une pandémie pourrait entrer  dans la catégorie des «cas particuliers».

Et d'ajouter que la grippe porcine est tellement contagieuse que la prise en charge d'enfants malades pourrait même être considérée  comme une maladie. «Il s'agit d'éviter d'autres contaminations», poursuit M. Thomas.

Qui paie?

La loi ne dit par contre pas qui doit payer ces jours d'absence. David Rüetschi, de la section droit privé auprès de l'Office fédéral  de justice, estime que les soins prodigués à des proches relèvent aussi du droit des obligations. Celui-ci prévoit l'obligation pour  l'employeur de verser le salaire pendant trois semaines durant la première année.

Ceci si l'employé est malade ou s'il s'adonne à une obligation légale. Le code civil stipule expressément que les soins aux propres  enfants en sont une.

Beaucoup de questions restent ouvertes, résume Mme Derrer Balladore. «Il se pourrait que ce temps de travail doive être rattrapé ultérieurement, que des journées soient décomptées des vacances ou tout simplement que l'employeur se montre conciliant et souple». /ats

Un sixième cas dans le canton de Neuchâtel

Un sixième cas de grippe A (H1N1) a été déclaré ce matin dans le canton de Neuchâtel. Il s'agit d'un jeune homme de 23 ans, de retour d'un voyage en Australie, annonce ce matin un communiqué du département de la santé.

Le jeune homme n'a pas été hospitalisé, car son état de santé n'inspire aucune inquiétude. Il était en isolement à domicile jusqu'à hier. Les mesures d'isolation ont pu être levées aujourd'hui, le temps de contagion étant écoulé, précise le communiqué.

A ce jour, les six cas de grippe A (H1N1) enregistrés dans le canton sont tous guéris, indique le département de la santé. Le médecin cantonal précise qu'actuellement aucun cas de transmission du virus n'a eu lieu dans le canton. Les six personnes atteintes du virus ayant été contaminées à l'étranger. /comm-jje

Les statistiques ne sont pas fiables

Les statistiques concernant le nombre de cas et la mortalité du virus de la grippe A (H1N1) ne sont pas fiables. Nombre de personnes contaminées ne sont pas prises en compte, affirme une étude publiée aujourd'hui par le British Medical Journal  (BMJ).

Selon le dernier bilan de l'Organisation mondiale de la Santé, 94'512 cas de grippe A (H1N1) ont été comptabilisés, provoquant 429 décès. Quelque 0,5% des personnes contaminées succomberaient ainsi à la maladie, ce qui placerait le nouveau virus dans la tranche supérieure des grippes saisonnières qui sévissent tous les hivers.

Pas malades

Mais des épidémiologistes de l'Imperial College de Londres mettent en garde contre des «interprétations simplistes de ces chiffres bruts». Un problème est la non prise en compte de ceux qui attrapent le virus mais ne tombent pas malades, ou alors pas assez gravement pour consulter un médecin.

Les chercheurs relèvent également les grands écarts des ratios de mortalité entre pays. Au Mexique, qui a déploré 119 décès sur 10'292 cas répertoriés, le taux est plus de deux fois supérieur à celui du Canada, des Etats-Unis ou de l'Europe.

Peut-être

La version du virus circulant au Mexique est peut-être plus virulente. L'écart pourrait cependant aussi s'expliquer par le fait que les Mexicains se concentrent sur les formes les plus aiguës de la maladie, alors que le nombre d'infections était en réalité bien plus élevé. La grippe A (H1N1) serait alors moins dangereuse que ce qui était apparu dans un premier temps.

Les auteurs soulignent aussi l'importance de disposer de chiffres fiables alors que le virus peut muter, et sa virulence et sa contagiosité évoluer par échanges génétiques avec des virus de la grippe saisonnière.

Mais une dangerosité accrue du virus pourrait mettre du temps à être détectée. Our chaque groupe fraîchement contaminé, il faut attendre l'issue de la maladie pour établir un taux de mortalité. /ats

Se laver les mains pendant 20 secondes

L'hygiène des mains est le b.a.- ba de la lutte contre le virus de la grippe porcine. Il est également recommandé d'éviter les rassemblements publics comme les transports communs et de maintenir ses distances.

La prévention, ou du moins le ralentissement de la propagation du virus A (H1N1), commence par les mains: selon l'Office fédéral de la  santé publique (OFSP), il faut les laver régulièrement avec du savon, à l'eau chaude et pendant au moins 20 secondes.

Il est recommandé de se tenir à un mètre des autres personnes, de ne pas échanger poignées de mains, bises et embrassades. Au bureau,  il s'agit d'éviter les contacts personnels et de privilégier le téléphone et les mails.

Séances dehors

Comme les réunions de travail sont parfois inévitables, l'OFSP recommande de les tenir brièvement et, si possible, en plein air. A  éviter aussi, les ascenseurs. Quant aux cafétérias et restaurants du personnel, ils devraient être fermés.
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A domicile, il est recommandé de constituer un stock d'une cinquantaine de masques hygiéniques par personne. Ils ne protègent pas en soi et ne sont utiles qu'en respectant les autres règles d'hygiène. Un mouchoir jetable devrait être à portée de main lors de  toussements ou d'éternuements.

Enfin, même si les transports publics sont à éviter, il ne faudrait pas se précipiter sur sa voiture individuelle, au risque de  provoquer des embouteillages. La marche ou le vélo sont une alternative possible. /ats