Les élections font de Neuchâtel un cas unique en Suisse

27 avr. 2009, 16:42

Avec l'élection hier de trois PLR et deux PS au Conseil d'Etat, Neuchâtel remet au goût du jour une formule de gouvernement à deux partis, unique dans la Suisse d'après-guerre. Cette configuration n'inquiète toutefois pas les partis écartés de l'exécutif. 

Pour la présidente des Verts neuchâtelois, Doris Angst, l'électeur a clairement refusé la réélection du conseiller d'Etat sortant Fernand Cuche au gouvernement. Mais il a aussi renforcé le groupe parlementaire POPVertsSol en augmentant de sept sièges, dont quatre attribués aux Verts, sa représentation au Grand Conseil. 

Avec 24 députés, POPVertsSol constitue une force qui ne pourra pas être ignorée du gouvernement. Selon Doris Angst, les Verts chercheront à «soigner le dialogue» avec le Conseil d'Etat, mais sans mollir sur la défense des valeurs écologistes. L'opposition au gouvernement centriste sera sans doute plus intense. 

Trompe-l'oeil
Pour Walter Willener, porte-parole de l'UDC, le gouvernement à deux partis est un trompe-l'oeil. Compte tenu de la fusion des libéraux et radicaux sous l'étiquette Parti libéra-radical (PLR), les trois élus du PLR sont issus de l'ancien Parti libéral pour deux d'entre eux et de l'ancien Parti radical pour le troisième. 

Or, la formule de gouvernement incluant deux libéraux, deux PS et un radical est celle qui a longtemps prévalu à Neuchâtel. Selon Walter Willener, la formule à deux partis offre un espace à droite à l'UDC, dès lors que le Conseil d'Etat devra se positionner légèrement à gauche, compte tenu de la majorité parlementaire.

Cas unique
La formule de gouvernement issue des urnes à Neuchâtel constitue un cas unique parmi les cantons suisses, où trois partis au moins sont en général représentés au Conseil d'Etat. Cinq partis - un maximum - se partagent le pouvoir exécutif dans les cantons de Bâle-Ville, Argovie, Vaud et Genève. 

Dans le demi-canton d'Appenzell Rhodes intérieures, les cinq conseillers d'Etat exerçant leur fonction à 50% sont tous affiliés au Parti démocrate-chrétien (PDC). Les organisations professionnelles et patronales dominent toutefois la logique de parti dans ce canton en apparence monocolore. 

Importance des personnes
Elu dimanche au Conseil d'Etat, le président du PLR Philippe  Gnaegi estime pour sa part que les personnes sont plus importantes que les partis dans la désignation du pouvoir exécutif. Selon lui, l'électeur préfère confier à une personnalité - et non pas à un parti - la gestion d'un budget de près de deux milliards de francs. 

«Les membres PLR du gouvernement seront attentifs aux questions  écologiques», a ajouté le futur conseiller d'Etat. Il s'est dit conscient que cette préoccupation «très importante» ne pouvait pas être ignorée face à un parlement où la gauche vient de renforcer sa majorité, notamment sa composante verte. 

Ministère public concerné
Deux membres du PLR élus dimanche, Frédéric Hainard et Claude Nicati, devront pour leur part quitter leur emploi au Ministère public de la Confédération avant leur entrée en fonction prévue le 26 mai. Les deux élus devaient s'entretenir aujourd'hui à ce sujet avec Erwin Beyeler, procureur général de la Confédération. 

Procureur général suppléant de la Confédération, Claude Nicati s'est déclaré confiant sur la possibilité de trouver un accord. Selon lui, le règlement prévoit un délai de quatre mois avant la résiliation du contrat relatif à sa fonction au Ministère public fédéral. /ats

Voir le reportage photo de Christian Galley