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Le souffle de la vie par la danse...

02 juil. 2010, 11:16

Ancien acteur, le Suisse Ruedi Gerber a réalisé aux Etats-Unis ce quatrième film humain, poétique, lyrique, combatif, politique en s'approchant avec complicité et respect d'Anna Halprin, danseuse, chorégraphe et pédagogue qui a aujourd'hui 90 ans. On oublie rapidement les corps vieillis même pas tous fatigués des aînés qui apparaissent dans «Breath Made Visible».

Le film, dans une forme assez classique, recourt à des documents filmés ou photographiques et revient aujourd'hui sur des lieux d'hier où se déroulèrent certaines «performances». Le geste quotidien ou insolite, travailler dans sa cuisine, chevaucher une bicyclette, se cacher dans une bulle de tissu transparent, s'enrouler dans du papier couleur peau, se transforme en démarche artistique créative. Le souffle de la vie, celui aussi de la musique, qui trouve un complice idéal dans le cinéma art du mouvement, devient visible, n'importe où, par exemple sur un plateau de bois construit par le mari architecte de la danseuse parmi les arbres devant leur propriété.

Pédagogue, Anna Halprin dirige des groupes en faisant appel aux mouvements du haut des corps, des bras et mains, bien éloignés de la danse classique sur ses pointes. Ses «performances» contribuent à protester contre la guerre du Vietnam, à créer un groupe de Noirs et de Blancs qui osent se toucher après les événements racistes de Watts à Los Angeles en 1965, à se demander parmi des malades quel sera le prochain vaincu par le sida. Anna Halprin brise le tabou de la nudité, à n'importe quel âge, rejetant toute censure privative de liberté. Cet art revendicatif rappelle certaines créations du «Living Theater» de Julian Beck, comme celle d'Avignon en 1968.

L'artiste ose exposer ses comportements personnels sans aucun exhibitionnisme en confiant son corps à la mer, sensuellement caressé par des vagues écumantes. De son cancer de la cinquantaine, d'abord stabilisé puis suivi d'une rechute, elle tire la preuve que la danse a contribué à sa guérison. Le risque de la mort de son mari durant un séjour hospitalier aux soins intensifs lui inspire une de ses plus belles chorégraphies qui transcende le quotidien douloureux par la force du témoignage de l'amour de la vie.

Neuchâtel, Apollo 2, 1h22

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