Le pari difficile de Mahmoud Abbas

Embourbé dans une impasse institutionnelle qui paraît pour l'heure sans issue, Mahmoud Abbas a joué ce week-end à quitte ou double. Acculé par l'échec des négociations visant à former un gouvernement d'union nationale avec les islamistes du Hamas, le président de l'Autorité palestinienne a convoqué des élections anticipées.
01 août 2015, 23:58

Ce coup de dés politique, qui tient plus du pari de la dernière chance que d'une stratégie mûrement réfléchie, semble voué à l'échec. Pire, il risque même d'attiser les haines et les rivalités entre le Fatah d'Abbas et le Hamas du premier ministre Ismaïl Haniyeh. Sur le terrain, malgré l'accord intervenu hier soir, les affrontements entre les deux camps ont atteint un degré tel que certains n'hésitent pas à évoquer le spectre d'une guerre civile. Avec la prise de contrôle, hier, de deux ministères du Hamas par des partisans du président palestinien, la violence pourrait franchir un point de non-retour.

Et dans cette partie de bras de fer, le Hamas est loin de partir perdant. Il dispose dans sa manche de trois atouts maîtres: le soutien d'une bonne partie de la rue palestinienne, laquelle s'estime injustement victime des sanctions financières occidentales qui avaient suivi la victoire des islamistes aux législatives de janvier dernier. En clair, les partisans d'Ismaïl Haniyeh peuvent compter sur une base populaire qui leur permet de rivaliser en légitimité et en capacité de mobilisation avec le Fatah.

Le premier ministre palestinien dispose en outre du soutien indéfectible de l'Iran, généreux bailleur de fonds qui fait pleuvoir les millions de dollars sur ses frères islamistes en contrepartie d'un raidissement antisioniste et djihadiste du Hamas. Epaulé par Téhéran, Ismaïl Haniyeh a dans la foulée récolté 100 millions de dollars au Qatar et 10 millions au Soudan. Enfin, le Hamas peut tirer profit de l'impuissance de l'Union européenne et des Etats-Unis, qui regardent en spectateurs passifs le déchaînement de violence qui déferle sur le Proche-Orient. / EDA