Le choc des cultures

La menace de la Libye de couper l?approvisionnement de la Suisse en pétrole ? même si ses effets pourraient être de faible portée ?, la fermeture des bureaux d?ABB et de Nestlé, mais surtout l?inculpation, inique, de deux citoyens suisses donnent l?exacte mesure du sentiment de vexation éprouvé par la famille Kadhafi.

25 juil. 2008, 12:00

Vues d?Occident, de telles représailles apparaissent disproportionnées et arbitraires. Vue d?Orient, l?arrestation d?Hannibal Kadhafi est considérée comme rien moins qu?un crime de lèse-majesté. Hannibal Kadhafi et son épouse ne bénéficiaient certes pas de l?immunité diplomatique qui aurait pu leur valoir un traitement de faveur. Mais l?arrestation d?un membre de ce que l?on peut considérer comme une «famille régnante» est inconcevable dans un pays soumis à un régime autoritaire pour lequel la séparation des pouvoirs, si elle figure dans les textes, est systématiquement ignorée dans les faits. Sans compter que le mépris de la domesticité, comme celui de la femme, est inscrit dans la culture du pays.

Dans cette perspective, la Suisse serait bien embarrassée de se voir demander des excuses officielles, comme l?exigeait hier la rue en Libye. De fait, pourquoi la Suisse devrait-elle s?excuser d?avoir respecté à la lettre les lois qui sont les siennes et celles de tout pays démocratique, ce que Kadhafi fils ne pouvait ignorer?

Mais il n?est pas interdit non plus de penser que la justice genevoise, connaissant parfaitement les susceptibilités en jeu, aurait pu agir avec davantage de doigté. Le sain principe de la séparation des pouvoirs a connu de pires accommodements...

Pour la Suisse du moins, fidèle à ses principes, la morale est sauve et cela lui vaudra aussi l?estime. A l?inverse, la Libye n?a pas le beau rôle. Hannibal Kadhafi a présenté le visage d?un tyranneau mal embouché et rétrograde alors même que son pays, sous l?impulsion de son père, déploie des efforts considérables pour faire son retour sur la scène internationale et regagner en respectabilité. C?est probablement par ce biais que les efforts de la diplomatie suisse pourraient se révéler payants.