«L’art vivant», l’air du temps de Catherine Lüscher

Les belles soirées d’été et leurs festivals ou concert vous manquent? Découvrez la chronique «Air du temps» de Catherine Lüscher.
26 sept. 2020, 05:30
AirDutemps-CatherineLuscher

L’autre jour, dans les premières grisailles automnales, j’ai repensé à ces merveilleuses soirées d’été et leurs festivals qui nous font tellement défaut cette année. Dans la brume, un souvenir désagréable – je vais encore passer pour une technophobe primaire, soit – s’est néanmoins imposé à mon esprit, comme pour atténuer ma nostalgie.

J’ai revu, dans le public, tous ces portables qui filmaient les concerts au-dessus de la foule, ayant remplacé les briquets allumés – c’est vrai, cela évite au moins de se brûler les doigts. Je me rappelle aussi le type juste devant nous, tout près de la scène, qui passa sa soirée le dos contre l’estrade, à essayer se prendre en selfie avec son musicien préféré.

Une autre image me revient: les artistes qui nous demandaient de sauter, lever les mains, reprendre en chœur, s’asseoir, se lever comme un seul homme… en se retournant eux aussi, munis de selfie sticks pour filmer leurs performances et leur public. Et tout le monde semblait content de servir d’arrière-plan à un cliché, de faire tapisserie dans une opération de «personal branding». Bah, au 21e siècle, chacun a pris l’habitude de se faire voler son image.

Aujourd’hui, même cet absurde dos-à-dos me manquerait presque. Car ce n’est pas non plus un concert sur YouTube qui remplacera la scène et un véritable dialogue ou partage avec les artistes. Où chacun serait complètement présent, vivant.

par Catherine Lüscher