La violence est trop souvent familiale

Pas un jour sans que le débat sur la sécurité ne s'emballe. Ici, les hooligans dégoûtent les familles de se rendre à une manifestation sportive. Là, une bagarre nocturne au couteau transforme un quartier en ghetto infréquentable. Plus loin, on installe des caméras de surveillance dans les préaux d'une école. On ne sait où, un viol a été commis par des étrangers. La masse de ces drames est remarquable. Et remarquée. Il n'y a pas à dire, «le monde va de plus en plus mal».

03 oct. 2006, 12:00

Peut-être. Pourtant, les statistiques publiées lundi par l'Office fédéral de la statistique (OFS) montrent une nouvelle fois que le danger n'est pas forcément où l'on pense. On apprend ainsi que les «violences entre proches constituent près de trois quarts des cas rapportés en 2005». Dans la moitié des cas, «l'agresseur et la victime étaient de la même famille». Femmes et enfants sont le plus souvent concernés. Ces chiffres sont une analyse des 27.300 consultations offertes par les centres d'aide aux victimes de Suisse.

On craint donc la ruelle sombre, mais, dans les faits, les risques de violence sont nettement plus importants dans l'environnement proche! Ce qui devrait être un milieu de confiance, de compréhension et d'assistance cache parfois une réalité qui peut se révéler dramatique.

Le paradoxe est frappant. Mais il n'est pas incompréhensible. Un indice: toujours selon l'OFS, «moins de la moitié des cas traités par les centres de consultation ont donné lieu à des procédures judiciaires», alors que le premier contact est pris une fois sur deux par une tierce personne

Malgré la gravité des faits, on préfère encore et toujours laver son linge sale en famille. Par honte, par crainte. Surtout que dans le cadre privé, la violence est souvent répétée.

S'il y a un défi «sécuritaire» que la société moderne se doit de relever, c'est aussi - et principalement - celui-là. Mais le problème est souvent trop proche pour apparaître au grand jour. / POb