La peur l'a emporté

23 oct. 2010, 07:30

Après les poètes maudits, le sculpteur banni. Gregor Schneider, le créateur de l'œuvre Cube, pourra ajouter Neuchâtel à la longue liste des villes qui n'ont pas voulu de son audace. Non, l'artiste n'envisageait pas de montrer des viols d'enfants. Ni des massacres d'animaux ou des organes dans du formol. Juste un cube géant inspiré de symboles forts de l'Occident et de l'Orient, du christianisme, de l'islam, du mélange de cultures. Un cube censé susciter une réflexion sur les liens entre les religions, dans une ville où les Réformés venaient autrefois se réfugier pour imprimer leurs pamphlets contre le catholicisme.

Neuchâtel aurait pu, une fois de plus, se démarquer en tant que terre d'ouverture, de dialogue, de tolérance. Mais la peur, mauvaise conseillère, l'a emporté. La peur de vexer l'islam? Ou la peur de l'islam? Même certains sponsors ont craint d'entacher leurs vitrines en associant leur nom à cet objet. Les détracteurs de l'œuvre, eux non plus, n'ont pas brillé par leur courage. Alors que l'artiste était venu d'Allemagne pour expliquer sa démarche, seuls quelques rares signataires de la pétition anticube faisaient le déplacement. Par peur de voir un plasticien étranger les confronter à leur phobie de l'autre? Dommage, car en venant l'écouter, ils auraient compris le fameux lien entre le Cube et le Millénaire. Ils auraient compris le combat de l'artiste qui, comme d'autres, lutte quotidiennement pour la liberté d'expression, d'opinion, de dialogue. Ce qui fait vraiment peur aujourd'hui? C'est de constater qu'ici, ces valeurs ne sont toujours pas acquises.