«La patte sur le chemin», l’air du temps de Nicolas Willemin

Découvrez la chronique «Air du temps» de Nicolas Willemin.
08 oct. 2019, 05:30
AirDutemps-NicolasWillemin

Depuis plusieurs jours, Françoise marche sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Seule sur le «camino» comme disent les initiés, cette sexagénaire n’hésite pas à parler facilement avec les autres pèlerins. Nous la croisons peu après midi sur la petite place ensoleillée qui jouxte la cathédrale de Condom, juste à côté de la statue des trois mousquetaires et de leur copain d’Artagnan, l’enfant du pays.

Accrochée à son chemisier avec une épingle de nourrice, une patte en microfibres pend. Elle nous explique qu’elle s’en sert pour s’éponger le visage en marchant sous le soleil. Nous la laissons pour reprendre notre route. Le lendemain, un peu plus loin sur le chemin, nous croisons un petit groupe de pèlerins. L’un d’entre eux, Claude, nous explique qu’il a retrouvé une patte en microfibres par terre. C’est celle de Françoise…

Et quand nous recroisons Françoise le jour d’après, nous pouvons lui dire que quelqu’un a trouvé sa patte, en lui précisant que nous ne sommes pas du tout sûrs qu’il l’a toujours. Elle s’en fait une raison et continue sa route d’un bon pas. Pendant que nous faisons une petite pause, le groupe d’hier nous rattrape. Claude a toujours la patte.

Françoise a désormais quelques centaines de mètres d’avance sur nous. Tout le monde presse le pas. Nous allons pouvoir fêter ces retrouvailles. Dans une ligne droite, la silhouette de Françoise apparaît. Nous la hélons avant de la rattraper. Un petit attroupement se crée. Claude fouille dans son sac, retrouve la patte et la rend à Françoise.

Cette dernière s’effondre en larmes. Pour une patte… tout le monde est surpris! Elle explique alors que son mari, décédé il y a douze ans, s’appelait également Claude. D’où son émotion!

par Nicolas Willemin