La féerie déserte les tranchées

Kenneth Branagh transpose l'opéra de Mozart dans le chaos de la guerre. Lourdingue «La flûte enchantée» selon Kenneth Branagh s'ouvre sur des prairies fleuries survolées par un papillon. Un symbole d'harmonie et de beauté qui, au terme d'un long plan séquence porté par la musique de Mozart mais visuellement kitchissime, s'assombrit dans une tranchée. S'y terre le capitaine Tamino (Joseph Kaiser), y rampe le dangereux gaz moutarde, l'un rattrapé par l'autre. Quand il reprend connaissance, l'oiseleur Papageno (Benjamin Jay Davis) s'attribue un sauvetage qui est le fait de trois infirmières généreusement décolletées, au service de la reine de la Nuit (Lyubov Petrova). Juchée sur un char d'assaut, celle-ci apparaît sur le champ de bataille pour exhorter Tamino à délivrer Pamina (Amy Carson), sa fille, dont il vient de tomber amoureux à la seule vue d'une photo...
02 août 2015, 00:30

«La flûte enchantée» selon Kenneth Branagh, acteur passé à la réalisation, respecte, c'est bien le moins, la partition de l'opéra de Mozart et en donne une interprétation vocale et musicale (sous la direction de James Conlon) irréprochable. Transposer le livret d'Emanuel Schikaneder (c'est Stephen Fry qui s'y colle) dans l'histoire «contemporaine»? Pourquoi pas. Dans ce contexte-là, l'opposition des ténèbres et de la lumière garde même une pertinence assez convaincante.

On reste loin, néanmoins, d'une adaptation réussie, tant la mise en scène du Britannique est lestée d'effets lourdingues, à l'image de cette reine de la nuit qui volette tel un insecte hystérique ou qui, bouche grande ouverte se détachant sur des chars en arrière-plan, détient malgré elle la palme du ridicule.

La légèreté et la féerie ont, hélas, déserté ce monde mi-réel mi-onirique. On le déplore d'autant plus que l'on se souvient de l'adaptation aérienne et malicieuse que Branagh avait faite du shakespearien «Beaucoup de bruit pour rien». / DBO

Neuchâtel, Apollo 2; 2h15