La Coupe du monde à 48 équipes, une bonne idée?

Dans la cadre notre "face à face", deux journalistes de la rédaction sportive de L'Express/L'Impartial se prennent position quant à la formule à 48 équipes choisie pour la Coupe du monde de football de 2026. Réagissez à ce débat en publiant votre commentaire sous l'article.
10 janv. 2017, 17:40
/ Màj. le 11 janv. 2017 à 06:30
48 équipes pour une Coupe, est-ce trop?

 

Jean-Paul Mathey-de-l'Endroit

Emanuele Saraceno

Chef de la rubrique des sports.

Rien ne semble arrêter le gigantisme en matière de football. Toujours plus d’équipes, pour toujours plus de matches et toujours plus d’argent. Corollaire, des dépenses qui prennent l’ascenseur.

En passant de 32 à 48 équipes dès 2026, l’organisation de la Coupe du monde deviendra définitivement un luxe que seuls de rares nantis pourront s’offrir. C’est vrai, mais au fond, c’est déjà le cas. Un peu plus, un peu moins… Et puis, cela ne relève pas du hasard si la Fifa, avant même de décider l’élargissement, avait autorisé, voire encouragé, les candidatures communes.

Au moins – contrairement à l’Euro avec les incertitudes entourant, plusieurs jours durant, la qualification des troisièmes de groupes pour les 8es de finale – la formule imaginée par le président Gianni Infantino est brillante, limpide. Elle laisse augurer une compétition passionnante.
Avec 16 groupes de trois équipes et deux qualifiées par poule, quasiment chaque match bénéficiera d’un enjeu réel. Finies les rencontres de "remplissage", ou, pire, les petits arrangements entre amis. De surcroît, un tour supplémentaire à élimination directe (les 16es de finale) intensifiera la dramaturgie. Les émotions, voilà ce que les fans recherchent en priorité. Bon, après la victoire, d’accord.

Autre force de ce Mondial new-look, si le nombre global de matches passe de 64 à 80, en revanche, aucune équipe ne pourra disputer plus de sept rencontres. Comme aujourd’hui. Pas besoin de rallonger la compétition, qui pourra toujours se disputer en un gros mois. De quoi calmer les ardeurs des grands clubs européens, désormais les vrais patrons du ballon rond.

Enfin, découvrir de nouvelles équipes nationales, des fans pittoresques est souvent rafraîchissant. Souvenez-vous de l’Islande…


Jean-Paul Mathey-de-l'Endroit

Emile Perrin

Journaliste sportif.

Un cinquième des 209 nations affiliées à la Fifa joueront la Coupe du monde. Un coup d’œil au classement mondial suffit pour se rendre compte qu’à partir du matricule 70, on tape dans l’exotisme. C’est le but recherché. On se réjouit déjà d’un alléchant Guatemala (79e) - Libye (85e) dans un groupe P (!) à déchaîner les passions!

Avec 16 matches supplémentaires, le gâteau grossirait de 640 millions de francs. Voilà qui a fait saliver les décideurs non corrompus des hautes instances. L’universalité du sport-roi est assurée puisque les "petits" pourront désormais rêver de prendre part au grand raout quadriennal quitte à prendre deux raclées avant de rentrer chez eux.

Mais cet élargissement diluera le niveau et rendra la phase de groupes inutile. L’Euro 2016 en est la meilleure preuve. A 24 équipes, la compétition française a offert un premier tour – qui servait, comme pour la Coupe du monde à 48, à sortir un quart des engagés – d’une indigence rare. Je suis sévère, qu’ils furent mémorables ces Suède - Irlande ou Ukraine - Irlande du Nord. Plus sérieusement, l’écrémage a débuté lors de la phase à élimination directe. Ce qui a permis de vivre une belle et fraîche histoire islandaise, qui a logiquement pris fin quand les Vikings ont enfin rencontré une "vraie" équipe, la France victorieuse 5-2 en quarts de finale.

C’est vilain pour ces braves Islandais, qui ont au moins eu le mérite de franchir le premier tour à l’une des places directement qualificative pour la suite (les meilleurs troisièmes étaient repêchés). Et c’est là que les 16 groupes de trois équipes posent problème. Avec deux qualifiés, les derniers matches de poule pourraient sentir bon le petit arrangement entre amis. Trop jeune pour avoir été traumatisé par le tristement célèbre RFA - Autriche de 1982, je parie gros sur un ennui mortel au moins jusqu’aux huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026.

par Daniel Droz