Votre publicité ici avec IMPACT_medias

L'insoutenable légèreté du skateur américain

Primé à Cannes, le dernier film de Gus Van Sant est un complément magistral à la trilogie que le réalisateur a consacrée à la jeunesse américaine. Quand le skate nous propulse à des hauteurs éthiques et esthétiques insoupçonnées! Après «Gerry» (2002), «Elephant» (2003) et «Last Days» (2005), tous inspirés de faits divers, le réalisateur d'«A la recherche de Forrester» (2000) adapte un roman de Blake Nelson dont l'action se déroule à Portland, la ville où il habite et qui a servi de décors à la plupart de ses films?

26 oct. 2007, 12:00

D'emblée, une ritournelle empruntée à Nino Rota et plus précisément à «Amarcord» («Je me souviens») de Fellini confère au temps un rôle majeur. Structuré en flashs-back, «Paranoïd Park» raconte quelques mois de la vie d'un adolescent fanatique de skateboard. Alex s'est mis en demeure d'en faire la relation précise dans un journal intime. Ce passé remonte à la surface d'une manière enchevêtrée, à l'image de l'état d'esprit de son protagoniste qui ignore à vrai dire ce qui l'incite à se confier ainsi.

Après quelques minutes, Van Sant nous assène brusquement un plan dont la violence quasi obscène étonne venant d'un créateur aussi subtil. D'un coup de skate peu ou prou prémédité, Alex (Gabe Nevins) précipite un vigile sous un train de marchandise, causant accidentellement sa mort. Coupé en deux, éviscéré, le mourant rampe de façon horrible sur le ballast. C'est bien sûr à dessein que le cinéaste nous fait don de cette scène intolérable, franchement «gore», dont la description, de façon symptomatique, ne figurait pas dans le roman d'origine.

Ce rudoiement du spectateur n'est donc pas innocent. Il s'avère même être essentiel pour comprendre où veut et va en venir Van Sant qui met en scène la suite de son film de façon totalement différente, créant un effet de contraste révélateur. Dans le livre, Alex vit cet «accident» comme une tragédie dont il pense porter les stigmates pendant toute son existence. De façon emblématique, le réalisateur n'a de cesse d'atténuer ce sentiment de culpabilité ou du moins n'en garde que quelques indices? Alex est certes traversé par des bouffées d'angoisse, mais il n'en conserve pas moins son sang-froid lorsqu'il fait face à la police, mentant effrontément à un inspecteur ridicule.

Avec une virtuosité confondante et le soutien d'une bande-son prodigieuse, Van Sant filme l'état de déconnection totale qui affecte son protagoniste. Alex semble pourtant en demande permanente de réel, fut-il épouvantable comme le corps mutilé du vigile. Las, dans ce monde, plus rien ne fait lien. Tout acte, même le pire, est frappé d'insignifiance. Alors que les adultes sont aux abonnés absents, les ados foncent sur leurs planches, en recherche perpétuelle d'apesanteur. Au terme de ce film à la beauté suffocante, Alex finira par jeter au feu sa confession! / VAD

Neuchâtel, Rex; 1h30
Votre publicité ici avec IMPACT_medias