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L'argent des caisses de pension déserte les régions

Les fonds des caisses de pension, bien que collectés sur l'ensemble du pays, sont confiés à un petit nombre d'acteurs financiers qui les investissent essentiellement dans les grandes entreprises, étrangères en majorité, cotées en bourse. Les PME régionales se voient donc privées d'une manne précieuse. Le constat émane d'une étude réalisée par le Groupe de recherche en économie territoriale (Gret) de l'Institut de sociologie de l'Université de Neuchâtel.

04 oct. 2007, 12:00

De profonds changements se sont opérés dans les années 1990. Jusque-là, les fonds de pension étaient réinvestis dans l'économie régionale, le bâtiment ou les bons de la Confédération. Neuchâtel possédait d'ailleurs sa propre bourse. «Mais ces schémas ont éclaté», note Olivier Crevoisier, directeur de recherche à l'Institut de sociologie.

La structure des investissements a rapidement évolué. «Entre 1994 et 2004, les placements en actions et obligations ont passé de 47% à 63%», note Thierry Theurillat, coauteur de l'étude. Mais seules quelques institutions financières se sont occupées du placement des avoirs des 2000 caisses de pension: les banques privées, le Crédit Suisse et l'UBS, ainsi que les banques cantonales, par le biais de leur organisme de placement Swisscanto. «Les caisses de pension ont une fonction administrative. On trouve à leur tête des miliciens sans grandes compétences. Ils ne décident que de l'allocation stratégique, soit le pourcentage investi en actions, obligations et dans l'immobilier. Ils choisissent ensuite les gestionnaires qui s'en occuperont», souligne Thierry Theurillat. Une manière de procéder qui rend la filière «longue et peu transparente entre l'épargne prélevée sur les salaires et l'investissement final».

Autre constatation, les gestionnaires «vont pour la plupart adopter des plans d'investissement similaires». Ainsi, le portefeuille type se concentre sur des actions de Novartis, Nestlé, Roche et UBS, alors que les obligations viennent de quatre types d'émetteurs: la Confédération, les obligations hypothécaires, bancaires et cantonales. Les PME sont donc écartées.

Par contre, diversification oblige, les titres étrangers sont de plus en plus présents dans les portefeuilles des caisses. De 26% en 1994, leur pourcentage a passé à 51% en 2004.

Olivier Crevoisier reproche également «la logique contradictoire des temporalités». Alors que les caisses ont un horizon de placement à long terme, «l'industrie financière travaille à très court terme». Une stratégie qui rend difficile la prise en compte de critères comme la durabilité, l'environnement, l'éthique ou l'équité sociale. Les acteurs financiers se déclarent «assez systématiquement hostiles à l'insertion de tout autre critère de gestion que ceux du rendement et du risque financiers».

Les chercheurs neuchâtelois désirent désormais plancher sur des alternatives aux solutions proposées par les institutions financières. /djy

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