Je t’aime moi non plus

Avec son livre, «Le dernier secret», la journaliste Solenn de Royer fait définitivement basculer le personnage de François Mitterrand dans l’univers romanesque. Thierry Brandt vous dit pourquoi.
26 oct. 2021, 05:30
AirDutemps-ThierryBrandt

C’est certainement le livre le plus singulier qu’il m’ait été donné de lire cette année. Dans «Le dernier secret» (Grasset), Solenn de Royer, journaliste au «Monde», raconte un épisode demeuré caché de la vie de François Mitterrand: celui de son tout dernier amour avec une certaine «Claire», une étudiante en droit de 50 ans sa cadette, qui l’accompagnera de 1988 jusqu’à son dernier souffle, le 8 janvier 1996.

Rien de graveleux ni de provocateur dans ce récit raconté sous la forme d’un journal intime, servi par une écriture remarquable de justesse et de sobriété. Nous ne sommes pas ici dans une relation dominant-dominée, prédateur-proie, comme dans l’affreuse histoire de Vanessa Springora et de Gabriel Matzneff. Il ne faut pas voir non plus l’ancien président en vieillard cherchant une dernière fois à mesurer son pouvoir de séduction. Amateurs de scandale, passez votre chemin.

Il s’agit évidemment d’un amour hors convention mais sincère. On passe de l’étonnement à la stupéfaction au fil de ces pages qui décrivent une relation tour à tour légère et profonde, intense et distante, parfois mièvre et risible mais au final toujours émouvante. L’intimité microcosmique rencontre la grande histoire politique.

On retiendra l’insistance de la jeune femme, qui revient à la charge et qui exige régulièrement du président qu’il lui dise qu’il l’aime. En vain. Le vieil homme, proche de la mort, lui répond un jour: «Dire je t’aime, c’est une promesse. Je ne peux pas t’en faire».

«Le dernier secret» fait définitivement basculer François Mitterrand, l’homme aux mille vies, dans l’univers romanesque.

par Thierry Brandt