«J'aime le cinéma suisse, toi non plus»

Qualité suisse: comme la viande, le cinéma devrait avoir son label. C'est le message que Nicolas Bideau et Pascal Couchepin ont voulu laisser aux Journées du cinéma suisse de Soleure. En apprenant, hier, que «Grounding» a réalisé en Suisse alémanique le meilleur nombre d'entrées jamais réussi par un film suisse sur les premiers jours de projection, les deux hommes ont dû être comblés.

24 janv. 2006, 12:00

Un titre en anglais, un sujet de société qui a tourmenté la nation, tout cela tourné comme un thriller. C'est tout de même autre chose que «La Salamandre», un titre poétique d'Alain Tanner inspiré par une nouvelle de Julio Cortázar. Fini le cinéma nourri de poésie et évoquant l'errance, le refus des valeurs marchandes. Mais qui connaît le nom des deux réalisateurs de «Grounding»? L'histoire du cinéma suisse est marquée par l'empreinte de Jean-Luc Godard, Fredi Murer, Richard Dindo, Daniel Schmid, Alain Tanner, Claude Goretta ou Michel Soutter. On a l'impression aujourd'hui que l'auteur doit s'effacer devant son masterplan, son casting, ses ambitions internationales. Que certains aimeraient gommer le style.

De Soleure, on voudrait nous faire croire cette année qu'il faut retenir les noms du cinéaste Michael Steiner et de l'acteur Carlos Leal... A notre sens, les deux prix les plus courageux et les plus importants historiquement ont été décernés par la commune de Lohn-Ammannsegg au preneur de son Luc Yersin, et par la communauté de Wasseramt au chef opérateur Renato Berta. Deux personnalités indissociables du cinéma, dont les noms figurent aux génériques des plus grands auteurs suisses et internationaux. Une manière aussi de rappeler la nécessité d'un cinéma soucieux d'autres considérations que le tiroir-caisse.

En 1950 déjà, François Truffaut dénonçait le cinéma de qualité français et entraînait une génération dans l'aventure de la Nouvellle Vague. Une entreprise contestataire et esthétique, comme le nouveau cinéma suisse des années 1960, qu'il faut revoir pour avancer. /ACa

Par Alexandre Caldara : «J'aime le cinéma suisse, toi non plus»