Ils sont descendus du ciel

Des centaines de Pères Noël ont envahi une salle du Musée d'art et d'histoire. C'est dire que l'artiste Carolus a ressorti sa collection insolite et l'a offerte, comme une grande énigme, à l'incrédulité du public Ils sont gonflables, en bois, lumineux, tricotés, malléables ou non, collés, peints, gravés, déguisés en grenouille, en robot ou en sapin, rigolos, patibulaires ou égrillards. Ils sont publicitaires ou ornent des paires de chaussettes, parfois ils chantent. Ils sont aussi tels qu'en eux-mêmes: bedonnants, barbus et souriants. Ce sont les Pères Noël et ils sont légion, car la collection de Carolus n'est pas des moindres.
01 août 2015, 23:50

L'artiste chaux-de-fonnier possède en effet sur le thème du Père Noël des centaines d'objets délicieusement incongrus: Carolus a profité d'un voyage autour du monde pour collecter ses pièces et on ne peut que se demander où il a bien pu les dénicher. Toujours est-il qu'ils trônent dans la grande salle du haut du Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel en une majestueuse installation élevée à la gloire de ce petit gros barbu et débonnaire qui transporte dans sa hotte, outre des jouets par milliers, nos craintes et nos espoirs les plus fondamentaux.

«C'est la collection d'un artiste impressionné par les rites fondateurs. Derrière le Père Noël, il y a la peur du froid et de l'obscurité, le solstice d'hiver, la fête de la lumière», explique le conservateur Walter Tschopp, qui fait la visite guidée. Et qui raconte que Nicolas de Myre, vers l'an 312, devint saint patron des enfants en arrachant plusieurs d'entre eux à la mort. Saint Nicolas était un peu trop catholique aux yeux des réformateurs qui, au XVIe siècle, l'escamotèrent en amalgamant la fête des enfants du 6 décembre et le jour de la naissance du Christ, le 24 décembre. Désormais saint Nicolas distribue les cadeaux le jour de Noël. Mais il faudra attendre une campagne publicitaire de Coca-Cola en 1931 pour imposer l'image du barbu jovial, tout de rouge vêtu.

«Derrière ces choses kitsch et commerciales, il y a le besoin de lumière et de chaleur»

L'installation de Carolus évoque ces étapes. Elle montre aussi, et surtout, que le Père Noël est universel. Il n'y a pas un pays où il n'apparaît pas d'une manière ou d'une autre. «D'où le succès commercial du personnage», poursuit Walter Tschopp qui soustrait de temps à autre un bibelot à l'installation pour l'examiner de plus près. «On redevient tous des enfants, là au milieu», s'amuse-t-il. Un Père Noël indien, un autre sud-américain. Un Père Noël artistique et inquiétant, représenté seulement par son vêtement vide. Un Père Noël chevauchant une Harley. Des centaines de Pères Noël... Le Père Noël «qui fait caca», selon un rite purificateur sans doute catalan, échappe à toutes les recherches, peut-être se dissimule-t-il par pudeur...

«L'artiste s'implique totalement dans sa collection, parce que, derrière ces choses kitsch et commerciales, il y a le besoin de lumière et de chaleur, des choses très profondes. Tous les matériaux, tous les usages sont représentés, continue Walter Tschopp en brandissant un rouleau de papier toilette à l'effigie du bonhomme. C'est ce qui m'impressionne le plus dans cette collection: le nombre de mondes dans lesquels le Père Noël apparaît, l'importance globale du rite». / SAB

Neuchâtel, Musée d?art et d?histoire, du 16 décembre au 7 janvier. Vernissage ce soir à 18h, avec vin chaud, Pères Noël en pâte, chants de Noël dirigés par un Père Noël, contes de Noël, etc.