Feu vert aux réformes

Sur fond de consensus et de compromis, les députés neuchâtelois ont accepté hier le budget 2007 de l'Etat. La passe d'armes risque d'être moins courtoise lors de l'examen du budget 2008 On l'avait surnommé le «budget de tous les dangers», présenté comme le plus difficile de toute la législature. Le budget 2007 a finalement passé la rampe avec aisance, par 92 voix contre 10 (les six popistes et Solidarités, auxquels se sont joints trois députés de droite). Avec 43,2 millions d'excédent de charges, il est conforme au frein à l'endettement, qui limite le déficit à 3% des revenus.
01 août 2015, 23:34

Question chiffres, l'Etat fonctionnera en 2007 avec 1785,4 millions. Il table sur 1742,2 millions de recettes.

«Un maximum de déficit n'est pas un maximum à atteindre»

Le résultat du vote final cache pourtant les gros compromis que gauche et droite ont dû consentir pour arriver au consensus. Car au-delà d'un déficit supérieur à 3%, la majorité qualifiée des trois cinquièmes est requise pour adopter le budget. Ce qui oblige à s'en tenir au strict nécessaire. Pas de dépenses superflues. Ce frein à l'endettement est diversement apprécié. La discussion sur l'entrée en matière a permis de s'en apercevoir.

Opinions croisées

Selon le radical Jean-Bernard Wälti, président de la commission de gestion et des finances, «un maximum de déficit n'est pas un maximum à atteindre». Entendu que la santé des finances cantonales peut l'emporter sur d'autres priorités, quitte à faire des déçus.

Pour le Vert Patrick Erard au contraire, le frein à l'endettement est «un corset qui nous donne une jolie silhouette, mais que de souffrances!» «Un instrument de blocage» dont la fonction publique subit les conséquences en fournissant le gros des efforts de restructuration de l'Etat. «La gauche est au pouvoir, mais jamais telle expression n'a été autant galvaudée. C'est la droite qui mène le bal!», dénonce-t-il.

Côté libéral, si Laurent Amez-Droz se félicite «que le gouvernement cherche à restructurer l'administration et n'hésite pas à revoir son fonctionnement», il déplore que la diminution du personnel soit en partie compensée par des hausses salariales. «1,13%, c'est enviable par rapport à une entreprise du secteur privé.»

A chaque groupe ses déceptions. Pour les socialistes, dans les domaines de la santé, du social et de la culture, «on flirte avec les limites», concède Jean-Nat Karakash.

«C'est la droite qui mène le bal!»

Lequel ne cache pas sa «forte inquiétude». Le PS s'est pourtant engagé sur le chemin du consensus. «Loin d'être idéal», mais «propice à la poursuite des réformes.»

Quant à l'UDC, elle dénonce «des réformes en deçà de ce que nous pouvions espérer». Et Hugues Bertrand Chantraine de rappeler que lors de son avènement, le gouvernement avait annoncé qu'il n'y aurait «pas de tabous» en matière de restructuration.

Seule la députée de Solidarités a contesté l'entrée en matière. Par la suite, ainsi qu'ils l'avaient annoncé après l'échec de la proposition PopVertsSol de reconduction de l'impôt sur la fortune, POP et Solidarités ont refusé le budget. Quant aux Verts, ils suivaient leur conseiller d'Etat. / DJY

A Paris, une heure plus tard

Au bout d'une heure, ils n'avaient passé en revue que le Département de la gestion du territoire. Les députés ont donc décidé de se limiter aux seules questions ayant une incidence directe sur le budget. Sage décision: en milieu d'après-midi, l'affaire était réglée. Revue de (quelques) détails.

Ça grince sur le TGV. Depuis que le TGV part de Berne, et non plus de Zurich, la situation s'est péjorée pour Neuchâtel. Et pour 2008, les CFF parlent de retarder les départs du matin... et d'avancer les retours de l'après-midi. Un rendez-vous d'affaires à Paris devient illusoire. Quant au train qui part très tôt le matin deux ou trois jours par semaine, il pourrait disparaître. L'ex-régie promet au Conseil d'Etat d'étudier le problème, mais sans garantie, admet Fernand Cuche.

On réforme aussi. Interpellé par l'UDC Walter Willener, ce même Fernand Cuche conteste l'idée que son département ne se réforme pas au même rythme que les autres. Nature, faune et forêts devraient être fusionnées début 2008. Et les effectifs des Ponts et chaussées continueront de diminuer, certifie-t-il.

Pas assez salé? «D'accord pour saler peu, mais salez fûté!», insiste le libéral vallonnier Jean Walder. Le ministre acquiesce: l'hiver dernier, les équipes de déneigement sortaient bien à 4h du matin, mais il faisait parfois si froid que le sel était inopérant...

La faute au RUN? Une augmentation de charges de 40% au Service de l'aménagement du territoire, sans la moindre explication? Walter Willener s'étrangle d'indignation. «Le Conseil d'Etat regrette que la plateforme RUN (Réseau urbain neuchâtelois, pour les très éventuels non-initiés) ne soit pas encore en place», répond Fernand Cuche. Comme le service incriminé en assure le secrétariat, il en supporte aussi les coûts.

Pas de statu quo. En matière de politique hospitalière, le statu quo n'est pas une position envisageable, prévient Roland Debély, chef de la Santé. Ceux qui imaginaient le Conseil d'Etat renvoyer l'Hôpital neuchâtelois à ses études de restructuration doivent se faire à une autre idée.

Qui cultive le jardin? Le jardin botanique du vallon de l'Ermitage est «beau et enchanteur», reconnaît Sylvie Perrinjaquet. Doit-il pourtant être à la charge de l'Université? Un groupe de travail planche actuellement sur la question. La décision quant à son financement futur tombera au printemps, annonce la patronne de l'Education.

Bâtiments à vendre. L'Etat a recensé ses propriétés susceptibles d'être vendues. Il en a déjà vendu quelques-unes, rappelle Fernand Cuche. Exemple? Le château de Môtiers. Le centre sportif des Cernets, en revanche, n'a pas l'air d'intéresser grand monde. / sdx

Faites payer les riches!

Il n'y aura pas en 2007 de reconduction de l'impôt extraordinaire sur la fortune. Le plénum a refusé un amendement PopVertsSol allant dans ce sens.

Le groupe proposait de prolonger lors du seul exercice 2007 la participation sur la fortune introduite en 2006, mais à des barèmes inférieurs. Les fortunes débutant à 251.000 francs auraient été frappées d'un impôt de 0,2?, contre 0,5? en 2006. Le taux s'élevant progressivement jusqu'à 1? pour les fortunes d'un million et plus, contre 2,5? en 2006.

Mais pour Jean Studer, pareille mesure «temporaire» ne peut être introduite «seulement quand aucune autre solution ne peut être envisagée». Le ministre des Finances note par ailleurs que la réduction des subventions n'a, elle, pas été prorogée. La mesure irait donc à l'encontre d'une répartition égalitaire des efforts.

Versant dans le cours d'économie politique, Jean Studer relève également que les cycles homonymes, autrefois d'une «certaine durée», sont devenus «de plus en plus volatils». Il n'appartient donc plus, ou moins, à l'Etat d'observer une politique anticyclique mais bien une de stabilité des recettes et de durabilité des charges. Et de lancer à l'adresse du plénum: «Nous sommes convaincus que si les chauds et froids sont mauvais pour l'organisme, ils le sont aussi pour la collectivité.»

Fleurets mouchetés

Après une dernière passe d'arme partisane: «Votre électorat a des attentes qui n'ont pas été remplies» (Marianne Ebel, Solidarités, à l'adresse de Jean Studer); «Avec un déficit de 43 millions, on ne peut pas dire que nous allons bien» (le libéral Olivier Haussener); «Le parti socialiste s'est engagé à ne pas revenir sur des amendements fiscaux pour obtenir un consensus sur le budget, mais en 2008, peut-être» (Claude Borel), l'amendement a été refusé par le parlement. Econduits, Solidarités et POP ont annoncé qu'ils s'opposeraient par conséquent au budget. / DJY