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Fêter le football avec l'absurdité de Dürrenmatt le pince-sans-rire

En éditant des caricatures représentant les joueurs de Xamax en 1977, le Centre Dürrenmatt montre la face ludique du grand dramaturge. Gilbert Facchinetti évoque, avec ses mots, cet amateur de viande tendre. Friedrich Dürrenmatt possédait un télescope. Ce qui ne surprend guère, connaissant le goût de l'écrivain pour la contemplation du ciel, lui qui imaginait l'autodestruction du système solaire dans «Portrait d'une planète». Mais parfois l'objectif de la lunette se retournait vers un astre en cuir qui roulait sur le gazon. Le dramaturge regardait les exploits du FC Cantonal depuis son balcon. Puis la végétation du vallon de l'Ermitage est devenue plus drue, plus touffue. Mais sa passion du football restait intacte. Pour célébrer l'Eurofoot, avec la distance littéraire d'un coup de crayon goguenard, le Centre Dürrenmatt Neuchâtel (CDN), publie des cartes postales réalisées en 1977 par l'auteur de «La panne». Les dessins originaux pourront être découverts, dès le 17 mai, sur les cimaises du CDN.

08 mars 2008, 12:00

On semble loin de l'univers oppressant des peintures métaphysiques qui explosent le corps humain ou pendent des banquiers que l'on fréquentait habituellement. Gilbert Facchinetti, auteur de confessions peu rousseauistes et surtout figure emblématique de Neuchâtel Xamax, part même d'un franc rire en découvrant cette série de dessins inédits: «C'est tout lui, un bonhomme qui se présentait n'importe où l'air de rien, un pince-sans-rire. Personne ne pense qu'il s'occupait de football, mais il a toujours été très généreux avec notre club.»

Dans un entretien avec un journal allemand en 1986 (saison du titre national de Xamax), Dürrenmatt confie: «Dans ce monde de l'armement fou, de l'économie insensée et de la corruption, il existe des thèmes plus importants pour un écrivain que le football.» Ulrich Weber, spécialiste de l'?uvre aux archives littéraires suisses, trouve peu de traces de la passion de l'écrivain pour les crampons: «Dans la pièce «Le délai», écrite en 1977 et où on évoque la mort d'un dictateur, deux idiots passent leur temps à parler de politique, de femmes et de foot. Dans «L'édification», on remarque le club FC Helvetia 1291 qui existe mais ne joue pas de championnat, il s'agit d'une métaphore de l'armée suisse.» Le football a joué un rôle central dans l'enfance de Dürrenmatt, un sport qu'il a pratiqué avant d'être arrêté par la maladie. Il lui arrivait aussi d'enfourcher son vélo à Konolfingen pour entreprendre un long trajet jusqu'au Wankdorf de Berne pour y voir évoluer l'équipe nationale. Plus tard, lors de conférences à l'étranger, il lançait toujours un coup de fil en Suisse pour connaître les résultats de ses deux clubs favoris, Grasshoppers Zurich et Neuchâtel Xamax. «Son ami Maximilien Schell connaissait aussi très bien le ballon rond, je pense bien qu'ils ont dû parler longuement de ce sujet», note Ulrich Weber.

Avant d'être un proche du club neuchâtelois, membre du Club des 200, le grand écrivain a rencontré Silvio Facchinetti, le père de Gilbert: «Il livrait la viande à l'hôtel-restaurant du Rocher où Dürrenmatt avait ses habitudes. Fritz aimait le steak tendre. Avec le tenancier Peter Liechti, ils se retrouvaient chaque semaine et évidemment parlaient de football.» Dürrenmatt n'assistait pas à tous les grands matchs du club neuchâtelois, souvent pris par des obligations professionnelles à l'étranger: «Mais lorsqu'il venait, tout le monde se réjouissait de l'accueillir. Des fois on devait le calmer. Je lui disais: «Arrête d'embêter, on l'a gagnée cette partie.»

Si on devait imaginer une équipe de foot atemporelle formée d'écrivains, on remettrait Albert Camus au goal, Pier Paolo Pasolini en rupture, Georges Haldas en stratège et Friedrich Dürrenmatt pour les coups de pieds arrêtés. / ACA

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