Fallait-il croquer Mahomet?

Une minorité bruyante du monde musulman continuait hier de clamer sa fureur et son indignation après la publication, par des journaux européens, de caricatures représentant le prophète Mahomet et éditées le 30 septembre dernier dans un quotidien danois.

04 févr. 2006, 12:00

Une crise qui souligne une fois de plus avec véhémence l'univers mental qui sépare aujourd'hui les sociétés occidentales démocratiques et libérales des nations et pays où le religieux marie encore intimement sphère privée et publique.

Une rupture de compréhension d'autant plus brutale que nos sociétés sécularisées ont mis des siècles pour s'affranchir d'un sacré communautaire qui avait voix au chapitre dans des domaines aussi vitaux que la famille, l'école ou les institutions, au profit d'une spiritualité désormais plus personnelle et privée.

L'effet le plus spectaculaire de l'instauration de cette laïcité de fait reste le droit de s'exprimer, de commenter, de contredire et de brocarder, sans s'exposer à des représailles de l'Etat.

Un droit inaliénable, un fondement démocratique essentiel pour combattre le retour de la censure ou toute tentative d'empêcher le débat public sur ce qui fâche ou dérange.

Mais aussi précieuse soit-elle, la liberté d'expression n'empêche pas, bien au contraire, le respect de l'autre.

Si la religion musulmane, appliquée littéralement, interdit toute représentation du prophète, pour éviter l'idolâtrie, ce précepte ne s'applique pas, par définition, aux non-musulmans.

C'est là toute la différence, mais c'est là aussi qu'intervient la responsabilité de chacun de s'abstenir de choquer ou de provoquer inutilement.

Dieu, Jésus, le pape ou Mahomet ne sauraient échapper à la satire sous nos latitudes, mais sans recours gratuit à la vulgarité, à l'offense ou à l'atteinte aux bonnes moeurs.

En l'espèce, ce qui met aujourd'hui le plus à mal l'image de l'islam en Europe est bel et bien cette mise en scène parfaitement orchestrée d'une émotion collective totalement exagérée! / MSa

Par Mario Sessa : Fallait-il croquer Mahomet?