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Face aux gratuits, Edwy Plenel défend un journalisme d'enquête

Frontière trouble entre grosse fortune, pouvoir et presse. Qualité en baisse. Les prestigieux invités de l'Université de Neuchâtel n'ont pas mâché leurs mots. Ton grave, appel aux valeurs fondamentales d'une vocation aiguillée par la curiosité pour Edwy Plenel, ancien rédacteur en chef du «Monde», et Roger de Weck qui dirigea le «Tages Anzeiger» et «Die Zeit». Le premier forum de l'académie de journalisme et des médias de l'Université de Neuchâtel a fait salle comble hier après-midi dans une annexe du palais duPeyrou. Les Français Jean-François Kahn, directeur de «Marianne», et Edwy Plenel ont dénoncé la non-légitimité d'industriels lorsqu'ils possèdent des journaux. «Avant de racheter le quotidien économique «Les Echos», Bernard Arnaud faisait déjà perdre 17 millions d'euros par année à «La Tribune». Quelle est sa légitimité?», a demandé Edwy Plenel. Sur le même thème Jean-François Kahn déplore que l'homme le plus riche de France puise devenir propriétaire d'un quotidien qui a le quasi-monopole de l'information économique dans l'Hexagone. En plus tous ces grands patrons sont des amis du président de la république: «Sarkozy a été longtemps maire de Neuilly, ces gens-là n'habitent pas à La Courneuve.»

18 nov. 2007, 12:00

Roger De Weck regrette qu'une nouvelle fascination médiatique ouvre la voie aux populistes: «La dramatisation à outrance du débat politique, la personnification des leaders leur convient parfaitement. La présence de Christoph Blocher à «Arena» a fait doubler l'audience de cette émission phare de la télévision alémanique. Les médias s'adressent à des consommateurs non plus à des citoyens.

La très faible couverture de la politique étrangère par la presse américaine a renforcé le pouvoir de Bush.» Dans la salle un journaliste de presse écrite demande laconiquement: «Combien de temps nous reste-t-il à vivre?» Roger de Weck précise: «Le journalisme n'est pas moribond. Lorsque je vois par exemple le travail critique de qualité que fait un journal avec peu de moyens comme «La Liberté». On ne doit pas trouver cette forme de presse désuète, mais en être fier.» Edwy Plenel renchérit en citant le poète Höderlin: «Là où croit le péril, croit aussi ce qui sauve.»

Pour celui qui dirigea «Le Monde» entre 1994 et 2004: «La vérité des faits est menacée de disparaître. Il ne faut pas laisser le pouvoir imposer une liberté préétablie du réel. Quand il envoie des cartes postales, il veut mettre en vacances la démocratie.» Il craint aussi la simplification notamment sur le monde musulman: «Je dois souvent rappeler à mes élèves que les femmes turques ont obtenu le droit de vote avant les Françaises.» Face aux gratuits, qu'il considère comme les nouveaux ennemis Plenel pense qu'il faut défendre l'information payante de qualité: «Elle seule garantit l'enquête, la vérification, la hiérarchisation des sujets. Le journaliste doit défendre le puzzle du réel. Trop d'infos tue l'info.» Sommé par son confrère Jacques Pilet de donner des exemples de journalisme d'antan impossible aujourd'hui. Roger de Weck répond: «Un dossier de vingt-cinq pages sur le lobby des automobiles.» / ACA

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