Excuses d'Etat contre promesse orale

21 août 2009, 10:35

On aimerait bien se réjouir, avec Hans-Rudolf Merz, de ces heures fastes qui lui ont permis, après l'annonce d'un gain de 1,2 milliard dans la vente des actions UBS suite au règlement du conflit avec Washington, de s'envoler pour Tripoli pour obtenir la libération des deux otages suisses retenus depuis un an en Libye et le rétablissement des relations diplomatiques et commerciales avec ce pays.

Mais les informations diffusées hier ne donnaient pas une image d'ensemble très cohérente. D'abord, l'accord signé hier par le président de la Confédération, qui initie le rétablissement de relations normales, ne fait aucune mention de la libération des otages. Hans-Rudolf Merz a dû se contenter d'une promesse de ses interlocuteurs - dont était absent son homologue, le président Kadhafi.

Une promesse obtenue parce qu'il a présenté des excuses officielles pour l'arrestation inutilement musclée d'Hannibal Kadhafi, fils du président, par la police genevoise en juillet 2008. C'est problématique, dans la mesure où, selon l'accord, un tribunal arbitral doit faire la lumière sur les circonstances de cette arrestation. Dans quel but, si la Suisse avoue d'avance sa culpabilité?

On peut certes admettre qu'une négociation avec la Libye n'obéit pas aux règles conventionnelles, que les effets et les symboles font partie du jeu, que les paroles ont davantage d'importance que les textes. N'empêche que les excuses d'Etat s'appliquaient, jusqu'ici, dans des cas de tragédies de l'histoire comme des génocides, des crimes de guerre ou d'esclavage.

Rien à voir avec l'arrestation du fils Kadhafi, dans une affaire qui a été classée depuis. D'autant que, si le caractère disproportionné de l'intervention policière semble reconnu, on comprend mal qu'on ait laissé le conflit prendre autant d'ampleur. Dans cet imbroglio, Hans-Rudolf Merz signe tout ce qu'on lui présente, pour «rouvrir au plus vite le marché libyen aux entreprises suisses».

Reste un accord dont on mesure mal la portée, laissé aujourd'hui aux bons soins des Affaires étrangères. On attendra donc le retour des otages pour y voir un premier élément positif.