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Etranger en son propre pays

17 juin 2008, 12:00

De nos jours encore, l'auditoire reste face au mystère d'Alexandre Dubach, violoniste dépositaire de dons phénoménaux, capable de rendre lors d'un récital l'âme des 24 Caprices de Paganini. Les auditeurs du théâtre du Concert, dimanche à Neuchâtel, en ont fait l'expérience.

Musicalement, les 24 Caprices de Paganini, pur héritier du 18e siècle, sont classiques dans leur esprit. Mais on a oublié cela. Fascinés par de telles pages, les violonistes d'aujourd'hui ne voient généralement en cette musique qu'un moyen d'extériorisation et la faculté de briller techniquement. Le récital d'Alexandre Dubach est d'un autre ordre et mérite d'être relevé d'abord pour l'intérêt de l'?uvre qui est loin d'être négligeable.

Seul dans la pénombre de la scène, Alexandre Dubach a ouvert le récital par le Caprice le plus connu, le No 24. Puis il s'adresse au public, commente les numéros qui vont suivre, 8, 16, 20, décrit leurs particularités.

La technique de l'interprète, totalement au service de l'expression, de la musicalité, échappe aux lois humaines. Tiendrait-il sa prodigieuse maîtrise d'un pacte conclu avec le diable? Le violoniste exerce une profonde fascination. Par-dessus les tierces, sixtes, octaves en trilles ou autres trémolos, d'emblée les cordes partent en fusées. Dubach expose d'abord les thèmes de chaque caprice, puis il lance les variations qui s'exclameront avec fulgurance dans un lyrisme qui jamais ne s'essoufflera. Tout cela sera résolu avec aisance dans la plus fine musicalité. Tout paraît simple, ses exécutions laissent l'impression de l'évidence. Inouï...

Il poursuit par des caprices rassemblés dans un désordre logique, 1, 13, 12, afin de maintenir l'intérêt de l'auditeur. Il donne de l'épaisseur à tous les numéros, 11, 15, 9 réunis en séquences plausibles. Il n'en manquera aucun, il les travaille en pleine pâte, prend des risques, exerce un contrôle fou. Il choisit de terminer par le numéro 4, «celui que Jean-Sébastien Bach, préférait», dit-il. Rappelé interminablement par l'auditoire, le violoniste a ajouté quelques pages de Bach à ce récital.

Il émane une sorte de simplicité évangélique, impressionnante, de l'attitude d'Alexandre Dubach face à la musique.

Neuchâtel, théâtre du Concert, 17 et 18 juin à 20h
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