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Effet papillon dans Paris

Une multitude de lieux et de personnages, une pièce découpée en 99 séquences. On aurait tort de fuir devant «L'objecteur» de Michel Vinaver, estime le metteur en scène Claude Yersin. A vérifier demain à Neuchâtel Trois heures trente de spectacle, un foisonnement de lieux et de personnages, des allers-retours entre 1950 et aujourd'hui, un découpage en 99 séquences... «En fait, pour le spectateur, cette pièce n'est pas du tout intimidante, sa complexité n'est qu'apparente», rassure Claude Yersin, metteur en scène de «L'objecteur» présenté demain au théâtre du Passage, à Neuchâtel. Tout en relevant que, pour un metteur en scène et ses comédiens, la création de «pièces de cette envergure-là» représente un grand défi...

12 nov. 2006, 12:00
Un jeune appelé incarcéré pour refus d'obéissance

Michel Vinaver a tiré cette pièce de l'un de ses propres romans, écrit en 1950 sur une base autobiographique: de retour des Etats-Unis où ses parents, d'origine juive, avaient émigré juste avant la guerre, le tout jeune Vinaver s'était enrôlé volontairement dans l'armée pour «bouter le nazi hors de France. Mais l'absurdité des exercices l'a amené, un jour, à s'asseoir par terre et à ne plus bouger. Son objection n'avait rien d'idéologique, il s'est simplement refusé à exécuter quelque chose qui ne faisait pas sens pour lui».

Transposée pour la scène 50 ans plus tard, l'oeuvre se situe à Paris, en 1950. Un jeune appelé a été incarcéré dans une caserne proche de la capitale, pour refus d'obéissance. La nuit, les prisonniers ont l'habitude de faire le mur, la hiérarchie laisse faire. Jusqu'au jour où ce Julien Bême ne rentre pas de sa promenade nocturne, un événement qui aura de multiples répercussions dans la société civile.

L'effet papillon

«Cette évasion crée des ondes, à la manière d'un caillou jeté dans l'étang, ou de l'effet papillon. Elle déclenche des réactions dans différents milieux, militaire, bourgeois, ouvrier. Elle affecte la vie de toutes sortes de gens. La pièce se déroule dans le climat de la guerre froide, mais des problématiques encore actuelles y sont enfouies: le débat sur les rapports entre grandes puissances, sur le choix d'un camp, a toujours cours. Mais «L'objecteur» ne se réduit pas à l'Histoire, il s'agit surtout d'histoires avec un petit h, des histoires d'amour, etc.».

Cette évasion fait aussi l'objet d'une mise en abîme, on assiste aux répétitions d'une troupe qui, de nos jours, monte une pièce inspirée par ces faits. «Vinaver en profite pour parler du théâtre, car il y a beaucoup réfléchi. Il nous décoche un clin d'oeil, le ton est celui de la comédie, de l'ironie».

D'hier et d'aujourd'hui, ce sont 72 personnages qui défilent sur le plateau, joués par 11 comédiens seulement, selon la volonté de l'auteur lui-même. Il a donc fallu relever le défi des changements, rapides, de costumes et de «têtes». Autre difficulté, la multiplicité des lieux, et des milieux sociaux, décrits par Vinaver; difficulté que Claude Yersin et sa scénographe Chantal Gaiddon ont résolue en adoptant un décor unique, qui permet au spectacle de se dérouler sans interruption, «tambour battant», et emmène néanmoins le spectateur dans une trentaine d'endroits différents...

Avec «L'objecteur», Claude Yersin effectue sa troisième incursion dans l'univers de Vinaver. Un dramaturge, salue-t-il, qui figure parmi les plus grands auteurs du 20e siècle. Un dramaturge dont il apprécie la grande intelligence et l'écriture, très précise, élaborée à partir de la parole des gens, captée autour de lui. «Mais ses textes sont extrêmement construits, complexes dans leur architecture. Pleins de surprise aussi, puisque Vinaver s'amuse beaucoup avec la langue, les rythmes et les assonances. Ses collisions de mots ou d'idées provoquent le rire, qui mettent en crise le sérieux du monde». / DBO

Neuchâtel, théâtre du Passage, dimanche 12 novembre, 17h
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