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Eclairage: «La BNS perd 173 000 dollars par heure»

Des universitaires et des spécialistes nous éclairent sur des sujets d’actualité, de société ou de recherche. Aujourd’hui, Alain Naef, chercheur à l’Université de Californie à Berkeley, évoque la chute du prix du pétrole et son impact sur la Banque nationale suisse.

29 avr. 2020, 17:00
La demande de pétrole est en chute libre.

La demande de pétrole mondial est en chute libre. Le West Texas Intermediate, standard du pétrole américain, a atteint un prix de -40,32 dollars le 19 avril. Oui, un chiffre négatif. Avec aucune possibilité de stopper les flux de production et des capacités de stockage utilisées au maximum, les producteurs de pétrole aux Etats-Unis étaient prêts à payer 40 dollars à perte pour se débarrasser d’un baril de pétrole. Le pétrole international (le Brent), plus facile à transporter par paquebot, se négociait encore à environ 25 dollars par baril.

Parmi les perdants de cette crise se trouve la Banque nationale suisse (BNS), qui est un des 30 plus grands actionnaires de Exxon Mobil et Chevron. Les pertes de la BNS depuis le début de l’année en spéculant sur les actions pétrolières sont de près de 600 millions de dollars en comptant uniquement les actions Exxon Mobil et Chevron. C’est une perte de 173 000 dollars par heure depuis janvier.

Les décisions d’investissement de la BNS sont prises en quelques minutes par trois personnes.

Les pertes sur ces deux actions sont l’équivalent d’un quart du budget du canton de Neuchâtel. Mais si le budget cantonal est décidé de manière démocratique et est parfois le résultat d’un long et pénible processus, les décisions d’investissement de la BNS sont prises en quelques minutes par trois personnes.

En mars, Baptiste Hurni, le socialiste neuchâtelois nouvellement, élu a déposé une interpellation demandant que le Conseil fédéral et le Parlement soient informés des investissements de la BNS. Et en décembre 2018 déjà, la verte vaudoise Adèle Thorens se demandait si la BNS ne devait pas prendre en compte les risques climatiques dans son portefeuille d’actions.

Le Conseil fédéral a répondu que la BNS ne pouvait pas avoir de restrictions pour remplir son mandat. Mais le mandat de la BNS n’inclut pas la spéculation boursière ou le soutien de l’industrie pétrolière qui est en déclin. Sachant qu’Exxon Mobile et Chevron sont deux des cinq entreprises les plus polluantes au monde, ces subventions fédérales au marché du pétrole sont problématiques.

L’indépendance de la BNS est importante. Et cela doit être respecté pour éviter d’avoir un gouvernement qui prendrait le contrôle de la planche à billets à des fins électorales. Mais l’indépendance a été donnée pour conduire une politique monétaire sensée et pour contrôler l’inflation, non pour spéculer avec des actions des entreprises les plus polluantes du monde.

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