«Don’t be sorry, dude!», l’air du temps de Jérôme Bernhard

Aux Etats-Unis, ne soyez pas surpris, tout le monde à quelque chose à se faire pardonner. Découvrez la chronique «Air du temps» de Jérôme Bernhard.

10 déc. 2019, 05:30
AirDutemps-JeromeBernhard

Trompé par des «trumperies», on a souvent en tête une fausse image du peuple américain. Dans l’imaginaire collectif, on se représente le fils de l’Oncle Sam comme un obèse aux doigts souillés de ketchup et dénué de toute courtoisie. Or, ce qui unit une grande partie des Etasuniens, c’est leur propension à s’excuser pour tout et surtout n’importe quoi.

Le partenaire de voyage avec qui vous avez récemment parcouru le Midwest arrive d’ailleurs à cette même conclusion. «Le prochain qui me dit ‘sorry’, je lui en colle une», vous balance-t-il, avec sa diplomatie légendaire, après qu’un jovial gang de femmes mûres s’est excusé d’avoir chuchoté «trop fort» devant vous, sur un trottoir de Saint-Louis, Missouri.

Sur les nerfs, le pote. Et on le comprend presque. Après un millième «désolé» pour une porte non tenue dans l’Illinois et un énième «navré» pour un frôlement de coudes dans le Tennessee, il en a eu gentiment marre de répondre: «Il n’y a pas de mal.»

Pourquoi les Américains sont-ils si polis? Tout comme nous, le «Telegraph» s’est posé la question. Pour tenter d’y voir plus clair, le quotidien britannique a cité divers auteurs, comme Mark Twain, pour qui «la plus haute perfection de la politesse n’est qu’un bel édifice, construit de la base au dôme, de formes gracieuses et dorées de mensonge charitable et désintéressé».

Les gringos seraient donc tous de vrais faux derches? Pas sûr, car le journal en arrive à la conclusion plus nuancée que, «peut-être, ce ne sont pas les Américains qui manient l’art de la politesse de manière intrinsèque, mais plutôt les Britanniques qui ont oublié cette notion».

CQFD: ni Ricain ni Anglais, mon pote, lui, s’est en tout cas retenu de botter des fesses. Si ça, ce n’est pas une forme de politesse…