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Dirigeants sportifs de haut niveau formés à Neuchâtel

Depuis une vingtaine d’années, le CIES forme des étudiants qui occupent ensuite des postes à la direction de clubs, associations ou fédérations sportives. Cette formation est reconnue au niveau international et intègre 30 nouveaux élèves chaque année.
29 sept. 2020, 17:06
Les élèves de la dernière volée du Fifa Master ont dernièrement visité le club de football de Leicester City, en Angleterre.

Créer une formation de haut niveau pour les futurs managers sportifs; l’idée est née voici une vingtaine d’années au Centre international d’études du sport (CIES) de Neuchâtel. Ce centre avait été créé quelques années plus tôt, en 1995, par la Ville, le Canton et l’Université de Neuchâtel, associés à la Fifa. Cette idée s’est beaucoup développée depuis ce lancement. 

Témoin privilégié de cette évolution, Denis Oswald, membre du conseil de fondation et directeur du (CIES) depuis 2000, ne pensait certainement pas que ce master obtiendrait une reconnaissance internationale comme c’est le cas actuellement. Dans le cadre de cette formation, régulièrement classée parmi les meilleures d’Europe en matière sportive (lire encadré), les responsables du CIES ont vu défiler près de 600 étudiants depuis 2000. 

J’ai toujours reçu des compliments par rapport aux étudiants que nous avons formés.
Denis Oswald, membre fondateur et directeur du CIES

«A l’époque, nous avions constaté que le sport professionnel se complexifiait», raconte Denis Oswald. «Pendant longtemps, les dirigeants sportifs étaient des amateurs éclairés, même à des niveaux assez élevés. L’évolution du monde sportif demandait aux responsables d’avoir de plus en plus de compétences. Nous avons donc eu l’idée de mettre sur pied une formation spécifique.»

Denis Oswald, membre du Comité international olympique (CIO), s’est rendu compte que ce projet séduisait plusieurs de ses collègues dirigeants des autres fédérations. En sa qualité de membre fondateur du CIES, la Fifa a tout de suite encouragé le développement de ce projet et a accepté de le soutenir financièrement. 

Fifa Master, la dénomination réductrice

En raison de cette implication et par simplification, les étudiants ont rapidement rebaptisé ce cursus comme le «Fifa Master». Cette dénomination, qui a contribué à la renommée de cette formation multidisciplinaire, est un peu réductrice pour Denis Oswald. «Nous ne parlons pas seulement de football, mais de tous les sports», relève-t-il. 

Droit, management, économie, géographie, sociologie, etc., les étudiants touchent à tous les aspects des structures et du fonctionnement du sport dans sa globalité. Ils proviennent de divers horizons universitaires; on trouve beaucoup de juristes, mais aussi des agronomes, voire des anthropologues. 

Les nationalités sont également très diverses. «Nous avons de plus en plus d’étudiants qui sont bi ou tri nationaux», signale Vincent Schatzmann, secrétaire général du CIES. «Nous constatons aussi une forte augmentation du niveau des étudiants, par rapport à ceux du début.»

Au fil des années, certains de ces étudiants occupent (ou ont occupé) des postes prestigieux dans le domaine sportif et assument des responsabilités importantes. Surtout: la plupart d’entre eux (90%) ont trouvé des débouchés après avoir obtenu ce master (voir graphique). «J’ai toujours reçu des compliments par rapport aux étudiants que nous avons formés et qui ont été engagés dans certaines fédérations ou au CIO», signale Denis Oswald.

Nous ne voulons surtout pas former des chômeurs.
Vincent Schatzmann, secrétaire général du CIES

Voici quelques exemples d’anciens étudiants, qui se sont illustrés après avoir obtenu leur titre final: le Suisse Pierre Ducrey occupe le poste de directeur associé des Jeux olympiques au CIO; l’Anglo-Italien Giancarlo Dapoto a occupé un poste élevé à la Fifa (chef de cabinet du bureau du secrétaire général-adjoint); Michael Gerlinger est directeur juridique du Bayern Munich; le footballeur Tsuneyasu Myamoto, capitaine de l’équipe du Japon en 2002 et 2006, est actuellement manager principal du club de Gamba Osaka dans son pays; la championne du monde d’aviron Emma Twigg a également obtenu son diplôme à Neuchâtel. Ces anciens étudiants ont créé leur propre réseau, où ils échangent leurs expériences et favorisent l’entraide. 

«Nous ne voulons surtout pas former des chômeurs et il est très important pour nous d’avoir un excellent taux de placement post master», relève Vincent Schatzmann. «Nous nous assurons surtout de la qualité des cours, en faisant appel à des professeurs de renom ainsi qu’à des experts possédant l’expérience du terrain, à l’exemple de Martial Saugy, ancien directeur du laboratoire antidopage de Lausanne. Pendant le cursus, les étudiants visitent aussi des clubs et des fédérations afin d’étudier leurs fonctionnements.»

Un classement international prestigieux
Depuis 2012, le magazine «Sport Business International» a lancé un classement des meilleures formations en matière de sport dans le monde entier. «Ils ont mis en place des critères crédibles et la concurrence est terrible», signale Vincent Schatzmann. 
Le palmarès du CIES est flatteur avec une première place mondiale obtenue en 2014, après avoir décroché le deuxième rang en 2012. Le reste des années, le CIES a généralement terminé premier en Europe. Y compris en 2020, avec un troisième rang mondial à la clé.

Une sélection drastique

Accéder à ce master représente pratiquement un exploit. Pour postuler, il s’agit de posséder un titre universitaire, une certaine expérience dans la vie active (au moins deux ans) et de maîtriser l’anglais. La sélection s’avère ensuite drastique. Sur quelque 600 candidats venus du monde entier, le comité de sélection présidé par Denis Oswald en retient 30 par volée, dont la moyenne d’âge est de 27 ans. «Pour la majorité, il s’agit d’étudiants masculins, avec une proportion d’environ 60% d’hommes pour 40% de femmes. A noter que la volée actuelle est composée en majorité d’étudiantes», indique Vincent Schatzmann.

Au niveau des coût de formation, chacun-e doit s’acquitter de 25’000 francs d’écolage. «Une dizaine de bourses d’études sont octroyées chaque année», précise Vincent Schatzmann. 

Pour rappel, les cours se déroulent à l’Université de Monfort, à Leicester, en Angleterre (de septembre à décembre), à l’école de management SDA Bocconi, à Milan (de janvier à mars) et au CIES, à Neuchâtel, en partenariat avec l’Université (de mars à juin). Le programme neuchâtelois est essentiellement orienté vers le droit.